Quand ouvrir un astre dans le voyage de l'eau

---------- Introduction

Dominique, une question qui revient fréquemment dans tes ateliers, dans tes cours. C’est à quel moment on travaille les blancs, on ouvre des blancs. Quand faut-il agir ?

Quand faut-il agir ? Au bon moment c'est-à-dire il faut comprendre à quel moment en faisant des petits exercices très faciles où je vais essayer de vous expliquer ça du mieux que possible. Donc montrer ce qu’il ne faut pas faire, ce qu’il faut faire et puis après, à vous de faire les exercices pour ouvrir des blancs.

Découvrir les astres, révéler les astres.

C’est le sujet. Révéler un astre. On y va.

---------- Démonstration

Donc à quel moment ouvrir un blanc ? Ici, le sujet ce sera la pleine lune. Pour que ça ne bave pas et que ce soit stable.  Donc on va essayer enfin on va faire tout son possible, bien réussir. Dans l’aquarelle humide, c’est réussi ou c’est raté. Si on n’est pas content, il n’y a qu’une solution : on recommence. Il ne faut pas se décourager.

On va mouiller le papier. Je ne vais pas prendre une trop grande surface pour l’exercice. C’est un simple petit exercice qu’on pourrait faire 50 fois, autant que vous voulez. Donc je vais prendre de l’or quinacridone ici. Et je vais étaler. Ici, le but ce n’est pas de faire un beau ciel, une belle plage. Non c’est simplement savoir à quel moment agir pour ouvrir une lumière. Je ne sais pas si vous voyez ici que le papier brille. Il est très bien. Les pigments bougent encore un peu. Le but, ce n’est pas de faire un beau fondu. Ça, vous connaissez. C’est surtout ouvrir un blanc.

Alors dans cette phase d’humidité qui est le mi mat, mat frais, si vous voulez ouvrir un blanc, vous prenez votre pinceau, vous le trempez dans l’eau et vous voyez que le pinceau est quand même bien chargé en eau. Si vous voulez ouvrir une lumière en faisant ceci ça va baver, vous allez être perdue. Alors qu’est-ce que vous allez faire ? Impossible d’ouvrir quelque chose de très nette. Vous voyez, ça bave, ça fait une auréole. Les auréoles sont belles quand elles sont volontaires ou parfois c’est des petits cadeaux, c’est ça la beauté de l’aquarelle dans l’humide. Mais, pour cet exercice là, c’est trop tôt. Tout ça va baver. Vous allez vouloir le rattraper. Et qu’est-ce que vous allez faire ? Vous allez avoir un astre beaucoup plus grand que celui que vous aviez prévu au départ. Donc ce n’est pas ça qu’il fallait faire.

On patiente, donc il faut attendre le mat sec pour pouvoir … vous voyez, ça bave. Ça peut être intéressant mais ce n’est pas ça qu’il faut. Vous voyez la différence ici entre celui-là qui est très net et celui-là qui a bavé. Les deux peuvent être intéressants mais à vous de voir ce que vous avez envie d’avoir comme effet pour l’astre solaire. Alors une chose très importante aussi, c’est quand on veut faire l’astre solaire, vous n’allez pas commencer par l’extérieur du cercle. Pourquoi ? Encore une fois, parce que si l’humidité de votre pinceau par rapport à l’humidité de votre papier n’est pas identique, qu’est-ce que ça va faire ? L’eau retenue dans le pinceau va aller donner évidemment donner une auréole. Et si vous le commencez par l’extérieur, vous aurez la petite goutte, encore une fois, ça va baver et vous allez devoir l’agrandir. Donc il vaut toujours mieux commencer par l’intérieur de votre sujet. Comme ça, s’il bave, vous pouvez encore le récupérer.

Donc on patiente encore un peu. Ici, ça bave encore un peu trop mais tout ça est intéressant. Il faut faire vos propres expériences. Alors mon pinceau est relativement sec, je commence, il faut quand même une petite goutte d’eau, par une petite auréole. Je laisse faire l’auréole. Donc l’auréole va fuser, va baver, laissons-la faire.  Vous pouvez encore même en ajouter une petite. Laissez faire. Et quand vous trouvez que le moment est opportun pour stopper la diffusion du pigment, avec un pinceau bien sec, vous allez tout doucement commencer à cerner l’astre sans user le papier.

User ça veut dire quoi ? Frotter trop fort ?

Frotter trop fort, agir trop tôt. Donc vous usez votre papier. Vous pouvez avoir une forme bien nette. Donc si vous voulez l’avoir bien blanc, vous enlevez la couleur, vous revenez dessus  plus souvent.  Si vous voulez laisser des petits effets dans la lune, vous pouvez laisser. Vous voyez que quand vous commencez par l’intérieur, la forme sera beaucoup plus logique suivant le format de votre travail évidemment. Voilà un petit exercice à faire et à faire. Et alors vous avez les petits reflets évidemment, le reflet de l’astre. Donc c’est toujours l’eau qui va travailler que vous emmenez là où vous voulez. Vous voyez que c’est très stable.

C’était très clair. Très précis, très pointu, un exercice à faire, à refaire. 

Alors vous pouvez faire le même exercice avec un carré, un rectangle, un losange, n’importe quelle forme.  Pour l’avoir bien net, il faut savoir le faire dans le mat sec.

Attendre le moment et puis les bons gestes, le bon travail à partir de la tâche, c’est très clair. Il n’y a pas d’astre carré, donc si vous voulez faire un astre, c’est quand même le sujet.

C’était le sujet de la vidéo, hélas, évidemment.

Super. A vous maintenant, entraînez-vous, c’est un ordre, entrainez-vous.

Dominique Coppe

Dominique Coppe

Dominique Coppe est peintre avant tout, et l'aquarelle est son médium de prédilection: "car l'eau c'est la vie qui coule tout au long de mon travail, c'est le mouvement et l'énergie".

Dès sa plus tendre enfance, elle baigne naturellement dans un milieu artistique ouvert à toutes les influences. Son père, Roger Coppe, maître-verrier et peintre expressionniste de renom, l’initie à l’art du beau sans toutefois lui imposer ses propres visions esthétiques.

L’artiste allie avec brio l’observation stricto sensu des choses naturelles et les tatoue de concepts aux origines plus orientales. Aquarelles pleines de force, d’énergie et de lumière. L’artiste joue avec les propriétés d’absorption du papier pour réaliser des œuvres fougueuses et envoûtantes. Palette chromatique délicate et très nuancée.

  • [Karine BRAGARD le 20/03/2017]

    Je trouve votre technique bien plus intéressante que si vous aviez utilisé du drawing-gum pour délimiter l'astre dans le ciel. J'ai pu remarqué qu'il est ainsi possible de laisser quelques minuscules auréoles , ou également de créer volontairement un voile très très fin ...La lune n'' étant jamais totalement blanche et a toujours des aspérités plus ou moins visibles...

    Certains aquarellistes n'hésitent pas à utiliser de la gouache blanche spécialement adaptée à l'aquarelle qui permet d'intensifier la blancheur de leurs sujets tout en apportant davantage de volume et de densité dans leurs oeuvres ( la gouache étant une matière épaisse) . Qu'en pensez-vous ?

    Personnellement, quand je regarde et admire vos 2 magnifiques tableaux (+++ ceux des exercices) que vous nous montrez pour les cours des Beaux Arts, je ne pense plus une seconde que la gouache blanche devrait s'imposer ! Vos lumières sont tellement présentes et merveilleusementt belles ! Il se dégage une lumière incroyable dans chacun de vos tableau que j'en deviens réellement amoureuse !!! Toutes ces formes et matières blanches qui en surgissent comme des petits corps vivants et vibrant..Vraiment bravo pour votre superbe talent et grande générosité ! Je vous admire beaucoup !

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Discipline Aquarelle
Difficulté Initiation
Genre Les Bases Techniques
Durée de la Vidéo 07mn53