Gustave Klimt et la Sécession viennoise

Nicolas, tu nous emmènes à Vienne ?

On va faire un petit voyage à Vienne.

Un petit voyage à Vienne cool, magnifique ville.

On va surtout parler de Klimt qui est vraiment un grand représentant du Vienne 1900. Alors, on va regarder ça en deux parties. On va d’abord dans la première vidéo regarder Klimt et la sécession viennoise. Dans un second temps, on s’intéressera au peintre et l’érotisme féminin.

OK, ça marche.

Alors dans cette première séquence, on va regarder une première image d’un artiste qui a 25 ans quand il fait une grande commande pour un décor de théâtre. On rappellera que Klimt était né en 1862. Il a étudié à l’Ecole des arts décoratifs de Vienne. Et il va, à la fin de ses études avec son frère, on reparlera de son frère, son frère Ernst avec lequel il va travailler, ils ouvrent une petite entreprise de décoration.

Ils répondent à des commandes privées. Et là, l’image qu’on regarde c’est de Burgtheater de Vienne où avec son frère et un autre disciple de l’école des arts et métiers Franz Matsch, ils vont avoir l’occasion de faire une décoration somptueuse. Tellement belle cette décoration, que l’empereur le décore.

Il décore Klimt.

Il lui donne une décoration officielle, un médaille si tu veux. Et ce sont des débuts extrêmement prometteurs. Il a déjà une solide expérience. Il a fondé son entreprise à moins de 25 ans. Ça s’annonce très bien pour lui. Et c’est vrai qu’à ce moment-là, Vienne se renouvelle. On a une nouvelle bourgeoisie d’affaire qui va investir les nouveaux quartiers de la ville, les quartiers périphériques, les grands boulevards ce qu’on appelle la Ringstrasse. Et toutes ces grandes familles ont besoin de faire appel à des artistes pour des nouveaux décors.

C’est très bien pour lui. Ce sera l’apparition de l’art moderne à Vienne. Alors effectivement Vienne, c’est d’ailleurs la ville très théâtrale où l’on est en permanence en représentation. Et dans cette image, on voit effectivement que l’artiste choisit de montrer le théâtre lui-même comme une sorte de mise en abime où l’image est un peu comme un miroir, un reflet de la société de l’époque. Déjà, la couleur dorée qui va suivre son fil conducteur certainement.

Donc avec ce style qu’on peut dire académique tout à fait historiciste, il est dans la grande tradition de l’époque. Et il est à même de plaire à beaucoup de commanditaires. Ce n’est pas le Klimt qui va continuer dans cette manière-là comme on va le voir très rapidement. Tu vas le voir par la suite. Il va décider, avec quelques autres artistes viennois, de faire sécession.

Quand il faisait ses décors pour des théâtres ou pour des commandes privées, il appartenait à la maison des artistes, institution très officielle qui aide les peintres, qui les met en relation avec des commanditaires. Tandis que là, le terme lui-même sécession montre qu’on a une jeune génération d’artistes rebelles qui se positionne dans un autre état d’esprit.

Et là, le terme sécession est très en vogue à l’époque fin XIXème. On en a beaucoup de révolution en France avec les impressionnistes, quelques autres courants, la sécession munichoise géographiquement très proche de lui avec l’Allemagne et Kandinsky notamment qui est un de ces grands artisans. Et ici à Vienne, on regarde le Pavillon de la Sécession viennoise.

Alors, on va parler un petit peu d’architecture si tu veux bien, une architecture complètement révolutionnaire. Ce bâtiment qui est implanté dans le cœur historique de Vienne, à côté d’architecture tout à fait classicisante, éclectique avec un style assez bourgeois disons-le, va dénoter. C’est un manifeste novateur de la nouvelle pensée de ces artistes qui font donc sécession.

C’est un style très épuré, le mur blanc très lisse avec cette coupole dorée. On retrouve d’ailleurs encore notre couleur dorée. Alors cet architecte, qui fut aussi partie de ce mouvement de la sécession, il y a des peintres, des sculpteurs, des architectes, des musiciens, et des poètes, et quelques autres que j’oublie, vont se regrouper et avoir un local où s’exprimer.

Et dans ce pavillon, on y organise des expositions d’art viennois mais surtout c’est d’ouvrir un art du pays à l’étranger, l’Ecole de Paris. Et c’est ainsi que les impressionnistes sont exposés. Monet y aura également un très grand succès. Rodin, y expose également ses sculptures.

Promouvoir l’art viennois moderne, montrer l’Ecole de Paris, encourager également les arts décoratifs. Il a cette notion qu’en allemand on appelle très important Gesamtkunstwerk, la notion d’œuvre d’art totale : réunir peintres, architectes, musiciens, décorateurs effectivement.

Et c’est l’ambition affichée dans ce bâtiment qui d’ailleurs affiche sa devise à l’entrée. C’est écrit en allemand mais si on regarde au-dessus de l’entrée de la façade, on peut le traduire cette devise : « à chacun son art, à chaque époque sa liberté ».

Et en dessous encore, on y voit trois gorgones. On parlait de la gorgone la dernière fois avec Camille Claudel, cette figure de l’antiquité que l’on montre souvent sur les boucliers parce qu’effectivement elle pétrifie du regard. Et là, ces trois gorgones justement vont chacune symboliser trois arts différents : la peinture, la sculpture et l’architecture.

Evidemment, ce bâtiment choque, le bon goût conservateur. On parle même de toilettes publiques assyriennes dans les critiques les plus amusantes de l’époque. Alors, ce bâtiment effectivement comme on le disait va accueillir de nombreuses manifestions artistiques.

 Ici, nous regardons ensemble si tu veux une image qui est composée par Klimt. On est en 1898. Le pavillon est à peine achevé. C’est la première exposition qui sera organisée et Klimt est chargé d’en faire l’affiche.

Il a une petite quarantaine.

Et ici, cette affiche également va montrer ce que sera ce style sécessionniste c’est-à-dire une certaine épure par rapport à la tradition académique. On a une grande surface de blanc comme le mur d’ailleurs repris de la façon de l’extérieur. C’est l’art de savoir utiliser le vide d’une certaine manière.

On frise dans la partie supérieure. On y voit, quand on regarde bien dans l’image, une image très classique de l’antiquité, le combat de Thésée contre le minotaure. Thésée va représenter l’art moderne viennois c’est-à-dire les sécessionnistes qui se battent contre la tradition incarnée par le minotaure dans la pénombre. C’est un peu le combat de la lumière contre l’obscurantisme.

Et puis dans la partie latérale droite, on y voit cette figure d’une Athéna, cette allégorie casquée, casque doré, bouclier, tu reconnais la gorgone d’ailleurs, qui incarne la sagesse, la connaissance, le savoir et donc est un gage de qualité de ces expositions, de ces manifestions artistiques qui seront proposées dans ce bâtiment.

Quelque chose d’également très important, c’est, pour moi Klimt, un artiste de l’élégance. Et quand on regarde le bas de l’affiche, c’est de la publicité on va dire. Il faut communiquer par l’image mais il faut un texte avec le mot clé. Et là, on a une police d’écriture qu’il invente absolument prodigieuse.

D’ailleurs dans le cadre des ateliers de la sécession viennoise, il y aura aussi beaucoup l’écrit, le livre, la reliure d’art qui sera relancé d’une certaine manière. Pas de couleur, très peu, seule la couleur dorée, toujours et encore, et puis ce rouge dans le plissé du vêtement de cette Athéna, allégorie comme on le disait qui annonce peut-être déjà la sensualité des femmes que Klimt va  beaucoup aimer représenter dans ses peintures.

On y voit déjà poindre l’art à venir de l’artiste. D’une certaine façon,

Les années clés.

Image moderne mais très inscrite malgré tout dans des visuels repris à l’antiquité. Alors là, coup de théâtre d’une certaine manière. On parlait de théâtre justement à l’instant. L’université revient à Vienne. L’empereur l’avait exilé parce qu’on sait que les foyers étudiants sont des lieux de contrepouvoir et un lieu où on peut effectivement avoir des vérités révolutionnaires.

Donc pendant certaines dizaines d’années, l’empereur Joseph avait écarté l’université de Vienne. Il décide de la réintégrer dans la capitale. Et là, on a besoin d’un grand décor pour cette université. Et on fait appel à Gustave Klimt pour la grande salle de l’université de décorer le plafond avec son autre camarade, celui des arts décoratifs, tu te souviens c’était Franz Matsch. Par contre, le troisième acolyte n’est plus là. C’est son frère qui est décédé brutalement quelque temps auparavant.

Et là certainement, on a une crise morale, une crise personnelle identitaire de Gustave Klimt qui va complètement retourner sa manière de voir les choses. Cette commande est très prestigieuse. Au lieu de séduire le commanditaire comme on l’attendait d’ailleurs et de faire une image très convenue, très esthétisante, il va aller vers une certaine forme de violence qui provoquera un scandale à Toulet. Et c’est cette image ici qu’on regarde. Ça s’appelle La Médicine.

Il y a plusieurs images, plusieurs allégories encore une fois. Il y a la théologie, ça c’est Franz Matsch qui va la représenter. Et Klimt doit représenter Trois : la jurisprudence, la Médicine et la philosophie. Et là dans l’esprit de la philosophie positiviste, c’est le triomphe de la lumière sur les ténèbres. Alors qu’ici quand on regarde, c’est un dessin. Je te dirai ensuite pourquoi on ne peut pas garder l’œuvre finale.

Eh bien on y voit une masse sombre, des corps torturés, une certaine violence. Cette allégorie ne rend pas un bel hommage à la médecine et la montre, je vais dire dans ses travers, dans ses doutes et dans sa violence.

Alors effectivement de ces images peintes par Klimt, ça s’est fait sur un laps de temps assez long. A un moment donné, les images sont exposées à l’exposition universelle à Paris en 1900 et elles reçoivent une médaille. Elles sont décorées. Donc effectivement, Klimt ensuite revient au pays. Et à Vienne, montre son travail. Seulement, le choc visuel est tellement fort que ses peintures sont censurées.

On a voulu lui confisquer il y aura un bras de fer avec l’empereur encore une fois. Le recteur de l’université d’ailleurs refusera de le payer. L’artiste va confisquer les toiles. C’est un scandale sans nom.

Le nu également, très provoquant encore une fois par rapport à cette époque où effectivement on est encore dans les années 1900 où la pudeur n’est pas la même qu’aujourd’hui.

Ces images malheureusement aujourd’hui, on ne peut plus les voir. Pendant la deuxième guerre en 39 – 45, elles étaient exposées, elles étaient conservées plutôt dans un château en Allemagne je pense et elles ont été détruites dans un incendie.

Et on n’en conserve malheureusement que des photos. Celle-ci est en couleur mais nous donne un bon aperçu de ce qu’est la composition finale et également de ce que pouvait être dans son image, dans son esprit en tout cas, la représentation de la jurisprudence et également de la philosophie qu’il faut imaginer de manière aussi peu glorieuse que cette image-là.

Donc très gris, très sombre mais quelques tâches de rouge. Et puis ces femmes très ambiguës dans leur attitude lascive, serpentine. Je dis volontairement serpentine parce que le serpent incarne le mal, la tentation, le péché. C’est vraiment la notion très à l’époque dans l’esprit du temps de la femme fatale.

 

On enchaine si tu veux bien avec une image extrêmement surprenante, très bizarre. On n’en voit qu’un tout petit morceau. Ça s’appelle la Frise Beethoven. C’est une frise parce qu’elle mesure un peu plus de 34 mètres de long sur 2,15 mètres de large. Et elle décorait dans le pavillon de la sécession viennoise une salle rectangulaire. Elle faisait tout le tour de la salle. On est en 1902 et là, il y a à la sécession une exposition consacrée au fameux musicien Beethoven.

Et là, les artistes vont vouloir justement, comme on le disait à l’instant, réunir architecture, musique, peinture, et sculpture. L’architecte Joseph Hoffman avait, on reparlera de lui d’ailleurs dans un instant, organisé, conçu un monument à la gloire de Beethoven. Et dans ce cadre-là, Gustave Klimt propose cette image qui est l’illustration de la fameuse 9ème symphonie de Beethoven.

Gustave Mahler est admiratif complètement quand il regarde cette image. Pour lui, il y comprend, il y voit l’aspiration au bonheur de l’humanité souffrante qui cherche un réconfort justement dans les arts. Alors on déroule effectivement des moments où on a, comme dans la musique, plusieurs rythmes.

Les séquences et tout ça.

On a quelques zones de blanc qui [.] avec des parties plus sombres. On a encore ces femmes d’une nudité et d’une lascivité très sensuelle. On montre la pilosité, le sexe ce qui était une hérésie à l’époque dans la critique de bon goût, ses cheveux serpentant d’effet. On y voit ce monstre au centre également.

Sur la droite, on y voit ces femmes enceintes qui ont un aspect à la fois attirant et repoussant. On parlait tout à l’heure de la médecine. Il y avait un aspect malade, mortifère. C’est un peu mélanger l’éros et le thanatos d’une façon. Et ensuite, un peu plus sur la droite, progressivement on monte crescendo dans les sentiments difficiles.

On a cette femme vieille qui est un peu l’incarnation de la laideur, qui est voilée d’un voile à peine translucide de noir et qui monte un corps complètement décharné. Et tout autour d’elle, ces spirales, ces motifs qui sont aussi la marque de Klimt d’ailleurs. Même dans les sujets violents, il va incarner ça dans des motifs tournants.

C’est un peu l’idée de décoration.

C’est peut-être sa formation aux arts et métiers. Alors cette image, aujourd’hui encore elle est à Vienne, on peut la voir. Elle avait été achetée par un industriel qui s’appelait Lederer. Elle sera spoliée par les Nazi. Elle sera rendue à la famille dans les années 70.

Et c’est des panneaux ? Ou c’est quoi ?

Ce sont sept panneaux amovibles qui ont été réinstallés à Vienne, où on peut voir effectivement parce que là on ne montre qu’un petit morceau, une séquence, mais dans son ensemble. C’est comme si finalement par rapport à la 9ème de Beethoven, on n’écoutait que quelques notes, un petit morceau mais qui donne finalement assez bien un aperçu de ce qu’est l’œuvre.

Et quand on visitait donc cette exposition consacrée à Beethoven, évidemment il y avait ce monument gigantesque, cette sculpture en hommage au musicien, cette frise et puis les musiques que l’on passait dans ce pavillon où les harceleurs étaient bien mis en valeur. Donc on avait effectivement cette notion d’œuvre d’art totale que l’on pouvait bien ressentir au sein de cette rétrospective.

On est très loin des premières années de Gustave Klimt ici.

Oui, c’est à la fois oui. Et puis, on est en train de poser, tu es en train de poser les différentes pièces sur l’échiquier qui vont faire que l’homme et l’artiste se reconnaissent.

Alors effectivement, on va arrêter la première séquence.

Voilà, on va retrouver ça dans la deuxième séquence, que tu as intitulé comment ?

L’érotisme féminin.

A très bientôt pour l’érotisme féminin selon Klimt et selon Nicolas. A tout de suite.

Nicolas Feliers

Nicolas Feliers

Nicolas est Intervenant en Histoire de l’art à l’Institut Supérieur des Techniques de Communication (Lille) :

 - cours de culture générale, Guide-conférencier des Villes et des Pays d’Art et d’Histoire,

 - vice-président de Vauban Loisirs Animations Culture (Lille),

 - Guide-conférencier au Musée de Flandre (Cassel),

 - guide-conférencier pour l’Office de tourisme de Roubaix.

 

Créations de circuits pédestres, bus et vélo, Conférencier pour l’association Les Amis des Musées de Lille,  

Guide-conférencier au Musée La Piscine, Roubaix,  

chargé de mission pour l’Association des Conservateurs des Musées du Nord-Pas-de-Calais,

chargé de mission pour l’Association des Conservateurs des Musées du Nord-Pas-de-Calais.

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