Les spoliations d'œuvres d'arts sous le 3iem Reich

Alors Nicolas bonsoir

Bonsoir Frédéric.

On va traiter… tu vas traiter d’un sujet essentiel important un peu sombre ?

Un peu sombre épineux, une question qui n’est d’ailleurs encore pas encore réglée aujourd’hui, qui touche à l’art, à l’histoire, à la question morale et puis surtout avec des implications financières considérables.

En deux épisodes ?

En deux épisodes.

On va aujourd’hui parler de la spoliation donc voilà on va arriver dans le sujet.

Aujourd’hui la spoliation des œuvres d’art…

Voilà des œuvres d’arts.

En focalisant sur la période de la seconde guerre mondiale. Et dans la deuxième vidéo nous aborderons la fameuse question des restitutions.

Ok.

Celle-là même qui n’est aujourd’hui pas encore définitivement réglée.

Super. Alors restons… voilà un peu de sobriété dans tout ça. Le sujet est passionnant. On y va. On t’écoute. On est parti.

 

Alors on va se plonger dans l’histoire de l’art et effectivement les spoliations. On peut commencer avec une première image. Ici on voit une image de la bataille de Marignan. Alors là on est en 1515, François premier, jeune roi de France plein d’ambitions, c’est le début également on est en pleine période des guerres d’Italie.

Et de nombreuses œuvres d’art pendant toutes les guerres, celle de la renaissance, celle du moyen âge, durant l’antiquité, les hommes n’auront jamais cessé de se battre entre eux et pendant ces conflits, les œuvres d’art n’ont pas été épargnées. Nous allons dire que le vainqueur à chaque fois prend un butin de guerre. Donc effectivement, l’histoire des spoliations est vieille comme le monde.

On peut effectivement… c’est un sujet délicat parce qu’il y a toujours plusieurs points de vue adoptés. Nous on posera un constat c’est vrai par rapport à aujourd’hui sur certaines questions mais par exemple les guerres d’Italie ont permis à la renaissance française d’éclore. Tous ces beaux modèles dans ces grandes villes d’art italienne, ces grands artistes d’ailleurs François premier en ramène avec lui dans ses valises.

Une petite anecdote amusante, à ce moment-là certains ont pensé que la Joconde avait été volée pendant les guerres d’Italie. Ce qui est complètement faux. On sait très bien que Léonard de Vinci est venu de son plein gré finir ses jours à côté de François premier au Clos Lucé.

Il se promenait toujours… Il se promenait toujours avec je crois non ?

Il se promenait toujours avec ce tableau, c’est vrai. Alors la circulation des œuvres d’art effectivement je pense qu’il est tout à fait intéressant que les œuvres circulent, à voir de quelle manière mais que l’art italien ne reste pas là-bas dans la péninsule et que tout ça puisse circuler en bonne et due forme j’ai envie de dire.

Ok.

 

Alors l’image suivante tu reconnais, c’est Napoléon Bonaparte devant le sphinx. C’est le titre de cette peinture de Jean-Léon Gérôme.

Ah c’est tableau ? oui d’accord.

C’est un tableau très…

On dirait une photo très photographique.

Exactement.

C’est hyperréaliste la sculpture enfin la statue-là.

Ah oui. Le volume de la tête sculptée est prodigieux. Alors c’est un grand conquérant c’est vrai Napoléon aujourd’hui fascine encore beaucoup le grand public, les historiens d’art avec plusieurs manières de voir : le côté positif et puis le revers de la médaille j’ai envie de dire.

Et l’expédition d’Egypte de 1798 à 1801 sur le plan de l’art a lancé un peu cette vague qui ne va jamais cessée en France, c’est une spécialité c’est l’égyptologie. C’est une expédition on pourra dire également militaire, contrait le vieil ennemi héréditaire anglais dans la conquête vers l’ouverture vers le marché des Indes.

D’accord.

Mais surtout il y a des scientifiques alors imagine cette expédition, il y a 400 bateaux et il a 40 000 hommes. Il y a des botanistes, il y a des peintres également dessinateurs. Et on va faire un relevé archéologique. Ce qui nous permettra de faire avancer la connaissance.

Très très bien.

Beaucoup de ces œuvres ensuite qui seront ramenées pas toujours légalement on va dire, se retrouveront ensuite quelques années plus tard saisies par les Anglais. C’est comme ça que par exemple la pierre de Rosette qui a permis à Champollion des déchiffrer cette fameuse écriture égyptienne. Et bien c’est grâce à cette conquête napoléonienne, lors de cette épopée, un calque a été pris et quelque temps plus tard a permis de déchiffrer cette alphabet hiéroglyphique.

 

Donc on peut toujours effectivement y voir certains avantages d’une certaine manière. Alors là maintenant je vais regarder avec toi l’œuvre d’art la plus emblématique des spoliations.

D’accord.

C’est l’œuvre d’art qui été la plus volées dans l’histoire. C’est le fameux retable des frères Van Eyck qui s’appelle : l’agneau mystique. C’est le chef d’œuvre des peintres primitifs flamands. On est au début de XVème siècle en 1432. Et bien cette œuvre c’est un peu comme notre Joconde pour le patrimoine français.

Elle est en plusieurs panneaux comme tu peux le voir peint sur bois. Et donc aujourd’hui heureusement elle a retrouvé sa place dans la cathédrale de Gand Saint-Bavon mais les épisodes de l’histoire mouvementée ont fait que très souvent, des panneaux ont été séparés, vendus, volés, saisis notamment pendant la première guerre mondiale. Les Allemands en ont saisi une partie. Ils en avaient acheté également légalement.

Malheureusement ils perdent. Ils perdent la première guerre mondiale. Et donc il va être question de rendre les morceaux qui font d’ailleurs maintenant à ce moment-là parti du patrimoine allemand. Lors de la seconde guerre mondiale, il y a une idée très revancharde de la part des Allemands. Pour nous c’est aussi par rapport à la fameuse question de l’Alsace et la Lorraine.

Et bien il est sur la liste. Hitler on va en parler dans un instant, avait un projet très important de réaliser ce que l’on appelait le Führer Museum où le retable aurait été une des pièces maitresses. Sentant les guerres arrivées, les Belges vont se douter très vite que le tableau sera une proie, qu’il intéresse beaucoup les Allemands. Et donc ils veulent… le projet c’est le protéger et le mettre à l’abri au Vatican.

D’accord.

Pour ce faire il faut passer par la France. Et donc le tableau arrive… alors c’est très compliqué, ce sont des œuvres… des transports très délicat, arrive donc en France au moment où la guerre s’enclenche de manière européenne, et l’Italie est entrée en Guerre du côté Allemand. Et donc plus question de traverser l’Italie c’est bien trop dangereux.

Donc le tableau on est en 1942, il se retrouve à Pau dans la ville de Pau. Et là et bien malgré la volonté de le protéger… c’est vraiment un acte on peut dire de résistance, lors de l’invasion de la France sous le gouvernement du régime de Vichy, les dignitaires français ont dit-on « à regret » cédé le tableau aux Allemands.

Et là le tableau se retrouve en Allemagne et bien sûr évidemment après avec la fin de la guerre, la défaite allemande, le tableau retrouvera son pays la Belgique, son lieu d’implantation dans la cathédrale.

D’accord.

Il y a une belle cérémonie…

Il y est ?

Il y est toujours aujourd’hui.

D’accord.

Depuis l’origine, six siècles plus tard je crois qu’il n’y a qu’un seul petit panneau qui ait disparu et qui était recopié par un très bon peintre.

D’accord.

Mais lors de la cérémonie… c’est une grande fête en Belgique. On peut dire une fête nationale. C’est un trésor national. Imagine qu’on perde la Joconde et qu’on la retrouve. Et bien il y a une grande fête où il y a des ambassadeurs, des diplomates... Par contre aucun officiel français n’était invité en souvenir effectivement de cette période de collaboration où là le régime de Vichy avait quand même fait le jeu de l’Allemagne.

D’accord.

Donc on se rend compte qu’il y a également à travers ces œuvres-là quand on parlait d’implication historique, des relations diplomatiques parfois très tendues. C’est notamment le cas pour cette très belle image.

Ok. Quelle histoire ! quelle aventure !

Quelle aventure comme tu dis.

 

Alors ici je vais te montrer l’image. C’est un dessin.

Une aquarelle ?

C’est une aquarelle. En même temps ici c’est un artiste… enfin c’est un nom… c’est Adolf Hitler. Adolf Hitler, pour lui l’art a toujours été très important.

Ah oui ?

Il faut se souvenir également qu’il avait des velléités pour devenir artiste, qu’il se présente deux fois à l’écoles des beaux-arts à Vienne.

Schmitt avait écrit un bouquin là-dessus Eric Emmanuel Schmitt.

Exactement. Et il est refusé…

Et oui. Et ça aurait fait basculer le monde aussi voilà.

Certainement.

C’est ce qu’on dit.

Certainement. Et il va toujours être très sensible à l’art qui sera très important dans sa politique expansionniste à une petite propagande certainement.

Et ça c’est lui ? C’est lui qui a fait ça ?

Alors c’est lui. On est au tout début. Là il est vraiment un jeune homme en plein doute. On est en 1910-1912 avant qu’il soit engagé comme soldat pendant la première guerre qu’il va faire d’ailleurs dans le nord de la France à Fournes et on a des dessins des paysages d’un artiste à en devenir, il faut encore travailler.

Mais finalement, effectivement ça va basculer complètement dans une autre optique. Hitler prend le pouvoir en 1933 en tant que chancelier. Et là, il délègue beaucoup à des historiens d’art. Il faut dire que l’histoire de l’art c’est une discipline qui au départ beaucoup inventée par les Allemands, une grande spécialité pour eux.

D’accord.

Et ils vont repérer dès cette époque avant même que la deuxième guerre ne commence, les plus beaux chef d’œuvre où sont-ils, comment pouvoir constituer ce qui était pour lui un musée idéal.

 

Et ce musée idéal ?

Alors ce musée idéal et bien je t’en présente une image, une maquette en 3D parce que finalement il ne verra jamais le jour lors du moment de la chute d’Hitler.

D’accord.

Ce Führer Museum, le musée du Führer, façade très classique inspirée un peu d’un temple grec avec une colonnade et un fronton triangulaire démesuré. La façade ne fait pas moins de 150 mètres de long. Et il a constitué donc une liste où il va dans ce musée donc installer ses chefs d’œuvre qui est aussi une démonstration de la supériorité…

Oui voilà du pouvoir encore une fois oui.

Du pouvoir et puis également d’un art qu’il va juger authentique par rapport un art qu’il va considérer comme dégénéré.

D’accord.

Dans ce très beau musée notamment il y avait l’astronome de Vermeer qui devait trouver sa place. Enfin tous ces tableaux sont déjà repérés si bien que lorsque les Allemands envahissent les pays, ils savent déjà tout de suite…

Quelle pièce…

Où trouver quelle pièce à quel endroit et la spoliation se fait très très rapidement puisque le terrain a déjà été préparé. Musée à côté d’un opéra également, Hitler aimait beaucoup la musique qu’il a découverte également à Vienne où il va assister à des opéras de Wagner. Vienne a été vraiment la ville important pour lui où il a failli devenir artiste mais également où il va devenir antisémite.

Et il constate qu’une bourgeoisie d’affaire beaucoup dans ces familles juives va accaparer les plus belles places. C’est le moment où on a la psychanalyse avec Freud, la musique également avec Schönberg, tous dans ce milieu culturel juif.

 

Alors l’image suivante…

Kunst ?

C’est une affiche. Kunst ça veut dire…

Culture.

L’art.

Ah l’art. Pardon.

En 1937 à Munich en Bavière, Adolf Hitler organise une exposition qu’il appelle si on traduit Entartete Kunst : l’art dégénéré. C’est une démonstration.

Ah lala.

C’est très particulier effectivement tu vas voir la manière qu’il a de présenter les faits. 730 œuvres à peu près d’une centaine d’artistes sont montrées. Et il y a donc l’art qu’il considère comme dégénéré. Alors dans cette boite-là on peut y mettre évidemment directement tous les artistes juifs mais également les franc-maçon, tous ceux qui ne sont pas dans la ligne du nazi.

Et à côté de ça on va opposer effectivement l’art véritable qu’il va juger beaucoup plus du nord de l’Europe un art germanique évidemment. Alors cette affiche elle est illustrée d’une sculpture d’Otto Freundlich qui était un sculpteur allemand mais juif qui va d’ailleurs périr lui-même dans un camp en Pologne à Maidanek.

A côté de ces productions des artistes dits dégénérés… alors il faut y mettre dans cette étiquette c’est assez hallucinant… Hitler n’a effectivement… sa théorie sur l’art ne tient pas du tout la route : tout ce qui est art moderne, le cubisme en tête, tout ce qui déforme la réalité, des artistes qui ont tous été importants, les expressionnistes allemands également.

 

On va regarder un petit peu voilà ici une des salles de cette exposition où là on est dans la partie du mouvement Dada. Et lui va prôner un art réaliste très photographique comme tu le disais tout à l’heure. Cet art sera présenté d’ailleurs « l’art des dégénérés » à côté de productions de malades mentaux pour finalement dire que d’un malade mental à un artiste dégénéré finalement il n’y a pas de différence pour lui.

Ce n’est pas drôle.

Oui ben non c’est…

Non ce n’est pas drôle. C’est triste.

Oui c’est très réducteur.

Un exemple de ce qu’il considère… alors ce n’est pas toujours tout noir ou tout blanc, il y a des zones de gris et de demi-teinte un peu particulière. C’est pour ça qu’il faut avancer un peu délicatement. Ici on regarde un tableau d’un expressionniste allemand, Ernst Ludwig Kirchner. C’est un des tableaux les plus célèbre qu’il ait réalisé. C’est une scène de rue à Berlin.

On est dans les années 1910. Et bien beaucoup de collectionneurs allemands à ce moment-là achètent ces artistes expressionnistes. Les musées allemands en possèdent déjà. Et lorsque Hitler déclare sa théorie sur l’art, et bien imagine un petit peu le pays qui déclare cette loi enfin ces discriminations, possède lui-même dans ses collections nationales donc on va virer littéralement. On va épurer.

C’est le terme qui sera beaucoup employé pour les races jugées inférieures mais c’est exactement la même chose pour un art qui est plus que subalterne même, qui n’a pas lieu d’être et donc une rafle de toutes ces collections.

Ok.

Donc l’épuration des œuvres artistiques commence d’abord avant que la guerre ne se déclare en Allemagne. Et au fur et à mesure de leur avancée en Europe, et bien ils vont appliquer cette méthode à tous les pays envahis. Et nous si tu veux on regardera peut-être plus particulièrement l’exemple de la France qu’on connait un petit peu mieux.

D’accord oui pas de problème.

 

Alors dans ces artistes dit dégénérés, il y a ce fameux viennois Oskar Kokoschka. Oskar Kokoschka lui va avoir une vie très longue pratiquement centenaire, et ce sera un artiste qui va par ses images par ses peintures, sans cesse combattre les idées nationalistes.

D’accord.

Et ce tableau d’ailleurs date exactement de cette période. C’est pour ça que je l’ai choisi. Ça s’appelle : le crabe. On est en 1939-40. Tu vois qu’on a un homme dans la mer qui est en train de se noyer là c’est désespéré. Les rochers sont face à lui et puis surtout ce crabe gigantesque qui représente la puissance, le danger de l’Allemagne de l’est certainement.

 

Alors à côté de ça je vais te montrer une image qui est tout à fait dans la doctrine. On va éclairer dans les deux sens. On ne va pas montrer que l’art dégénéré.

Oui vas-y.

On va montrer un peu ce que Hitler voulait présenter dans son musée et pour illustrer sa théorie. D’ailleurs pour sélectionner les œuvres dans cette fameuse exposition de Munich, et bien il fait appel à ce peintre Adolf Ziegler, le même prénom d’ailleurs Adolf Ziegler qui montre ici un triptyque qui s’appelle : les quatre éléments. Chaque figure arbore un des quatre éléments. Ce n’est pas très moderne. Je ne vais pas dire que c’est inintéressant mais c’est un art un peu…

Ça c’est un peu plat oui.

Oui. Pour le milieu des années 40 bon c’est tout à fait conventionnel.

Oui.

Alors cette exposition figure-toi que c’est un peu le pied de nez. Ils vont devoir la fermer parce qu’elle a un succès extraordinaire. Elle accueille plus de 2 millions de visiteurs. Alors certains viennent là pour se moquer littéralement de cet art dégénéré, adopter le goût d’Hitler pour plaire au Führer…

Oui bien sûr j’imagine.

Mais beaucoup d’amateurs qui n’en pensent pas moins mais qui viennent et qui apprécient à leur juste titre les tableaux de Chagall, de Picasso, des expressionnistes allemands. C’est une magnifique exposition même si les enjeux et le but étaient tout autre au départ.

D’accord.

 

Alors pourquoi se focalisons-nous sur les spoliations durant la deuxième guerre par le troisième Reich ? parce qu’effectivement c’est le moment où on n’a jamais vu dans cette ampleur-là un système de vol aussi élaboré. Avec toute la discipline allemande, l’administratif, tu vas voir que tout est très bien… il n’y a pas de hasard.

Ils s’entourent des grands artistes. Le Führer Museum devait être construit par Albert Speer qui était l’architecte du Reich. Ici nous regardons ensemble une image d’un artiste qui était très important. C’était Arno Breker. Arno Breker et bien il va passer d’abord avant que la guerre ne se déclare, quelques années en France. C’est un élève d’Aristide Maillol.

D’accord.

Il va partager un atelier à Paris avec Alexandre Calder. Au début il est plutôt d’ailleurs inspiré par l’art abstrait, et puis ensuite par une tradition puisé dans la Grèce antique. Alors avant que la deuxième guerre ne se déclare, il est pris de Rome pour la Prusse et donc il part en Italie donc encore une fois une inspiration classique. Et quand il revient, c’est un artiste incontournable si bien que je pense on peut parler d’une récupération.

Oui d’accord.

Le nazi sont très fiers de cette prise...

Oui je vois bien.

Qui est très beau pour le prestige. Et lui va entrer un petit peu… même beaucoup certainement dans cette esthétique dans cette glorification de l’idée d’un homme nouveau, la race arienne supérieure, l’idéal de beauté gréco-romaine il va amplifier tout ça de manière très caricaturale. Souvent moi je présente un petit peu ces personnages, c’est l’athlète des jeux olympiques de l’antiquité mais un peu bodybuildé. Là on a vraiment une force une violence qui est outrée.

Alors ici c’est une étude… oui effectivement il travaille d’après un modèle vivant. Bon ensuite effectivement ça prend un peu plus de…

De muscle.

Oui d’ampleur et le discours de propagande parce que c’est vraiment faire passer un message par une image clairement établie. Alors lui n’est pas concerné directement par les spoliations. Lui-même n’en organise pas. On aurait pu se dire effectivement : artiste amateur d’art donc spoliateur.

Oui.

Non mais par contre il acquiert beaucoup d’œuvres à des prix très bas, si bien que finalement on peut parler ce recel quand même je pense en ce qui le concerne. C’est une image beaucoup plus tardive tu vois on est en 1976. Lui par contre n’a pas un rôle aussi majeur que certains qui seront condamnés à mort pour crime contre l’humanité au fameux procès de Nuremberg.

 

Ce qui sera le cas notamment de Göring que tu vois ici sur la photo à côté d’Adolf Hitler. On est en 1934. Lui c’est peut-être la personne Göring qui incarne le mieux la spoliation. Son surnom c’était le pillard. Alors il va faire une concurrence très acharnée au Führer dans cette quête, dans cette recherche jamais assouvie c’est un peu comme une drogue de toujours posséder plus d’œuvres. C’est très facile de se faire une collection pour pas un sou j’allais dire.

 

Chacun a ses émissaires qui vont repérer pour eux des tableaux et alors je vais regarder avec toi si tu veux…

Ce n’est pas du hasard tout ça ?

Ben non effectivement Hitler amateur d’art on sait pourquoi. Göring lui il a un pavillon de chasse. Ça s’appelle Carinhall. C’est à 65 kilomètres au nord de Berlin. Et en pleine forêt, il a fait construire une sorte de palais où il entasse tu vois ici on regarde sa bibliothèque, des tas d’œuvres. Alors au fond on a une très belle tapisserie, des objets alors je parle de peintures mais il y a aussi beaucoup des meubles, des céramiques, tout ce qui peut s’exposer, tout ce qui est de valeur.

Et il vit dans un autre univers. C’est complètement fou. Lui il viendra beaucoup en France contrairement à Hitler qui fréquentera très peu Paris. Il va venir régulièrement faire son marché on pourrait dire et repartir avec beaucoup d’œuvres d’art.

 

Alors dans les œuvres qu’il apprécie pour sa collection évidemment, l’idée de faire une démonstration que l’art est surtout un talent des artistes allemands. Et chez les anciens, il aimait beaucoup par exemple Lucas Cranach, Lucas Cranach qui est l’auteur de ce tableau Adam et Eve.

D’accord.

Et c’est un artiste qui est assez… c’est vrai que l’art allemand était assez important. Il y a Dürer également qui est un très grand peintre de…

Albrecht ?

Oui Albrecht Dürer… de la renaissance allemande, un grand humaniste. Effectivement, on ne peut pas rejeter tout leur goût. Ils n’ont pas faux sur toute la ligne les nazis dans leur idée de l’esthétique de l’art. Cet artiste a beaucoup travaillé sur l’histoire de la faute, le péché, ici le moment où effectivement au jardin d’Eden, le fruit le fameux fruit défendu va être croqué.

 

Je te montre ici maintenant un personnage peut-être beaucoup moins célèbre et pourtant Alfred Rosenberg, à ne pas confondre avec Paul Rosenberg. Paul Rosenberg on en parlera peut-être dans la deuxième vidéo, c’était le grand père d’Anne Sinclair. Elle a écrit un livre on en reparlera. C’est un grand marchand de tableau. Lui n’a rien à voir.

Alfred Rosenberg a été un théoricien du nazisme. Et il va avoir un rôle un peu dans l’ombre. Il sera un petit peu dans le second cercle d’Hitler et il aura pour mission de combattre le judaïsme, la franc-maçonnerie dont je te parlais et également il sera responsable de la confiscation des œuvres d’art.

 

Et pour illustrer ce travail de fourmi, ce sont des milliers d’œuvres rien qu’en France mais quand tu multiplies par une dizaine de pays, ça fait un travail colossal si on ne s’organise pas c’est impossible de s’y retrouver. Et donc il y avait des fiches. On parlait du côté très organisé des Allemands dans la discipline. Et ici tu as une fiche de l’ERR. Alors l’ERR je vais le redire en Allemand, Einsatzstab Reichleiter Rosenberg. En fait c’est l’Etat-major de Rosenberg.

Quand un tableau est saisi, il est enregistré. Un peu comme dans une bibliothèque on fait une fiche de lecture.

D’accord.

Donc on met le nom de l’artiste. Ici on peut zoomer tu vois c’est un tableau de Van Gogh. On lui met un numéro d’inventaire. On sait de quelle collection il vient. Par exemple si c’était la collection Rosenberg c’était un R.

D’accord.

C’est encore une autre lettre pour un autre grand collectionneur. Il y avait les Kahnweiler en France il y avait les Rothschild également, il y avait les Khan et donc sa destination également. Ça c’est aujourd’hui un document on en parlera pour la restitution, qui est extrêmement précieux pour retrouver justement les propriétaires ou en tout cas leurs ayant-droit. On a même le format du tableau enfin toute une série d’indications très très précises.

 

En France à Paris, ils vont décider les Allemands d’établir une sorte de gare de triage dont ce très beau musée, celui du Jeu de Paume. Le Jeu de Paume tu sais que ça avait été construit dans la deuxième moitié du XIXème siècle pour l’ancêtre du tennis : le fameux Jeu de Paume.

Oui.

Et c’était le symétrique exactement identique à ce qu’on appelle aujourd’hui le musée d’orangerie, exactement la même dimension : 80 mètres de long, à peu près la longueur d’un terrain de football sur une quinzaine de mètres de large.

D’accord.

Et au moment de la deuxième guerre, et bien c’est un musée qui est ouvert dès 1909 et on y expose les collections d’art étranger. Les Allemands arrivent à Paris en juin 1940 et c’est juste à côté de la place de la concorde. C’est très pratique à côté du musée de Louvre.

Sauf qu’ils vont avoir une belle déception. Quand ils arrivent au musée du Louvre, on a déjà décroché, désencadré tous les tableaux. Ils ne voient que des cadres vides quand ils y arrivent. Et les nazi, l’ERR de Rosenberg décide d’installer son quartier général au musée du Jeu de Paume. Et ça devient un lieu de transit. Les œuvres y sont stockées. Göring c’est là qu’il vient régulièrement pour faire ses emplettes.

Faire ses courses ?

Voilà.

Oui c’est ça j’imagine.

C’est là qu’on décide. C’est là qu’on établit les fiches ERR comme je vais te le montrer et ensuite les tableaux repartent, partent vers l’Allemagne. Ça concernait à peu près 100 000 œuvres d’art. Ce chiffre aujourd’hui on l’estime je pense assez fidèlement par rapport à la réalité.

 

Dans cette installation de ce QG au Jeu de Paume, et bien ici on a une photo des ports. On a des photos. C’est ça qui est intéressant. Ce qui nous permet aujourd’hui de savoir quelle œuvre parfois était concernée. On a une salle un peu à l’écart qu’on a appelée d’ailleurs d’un nom qui porte bien la salle des martyres. La salle des martyres c’était là où les œuvres d’art spoliées avaient été stockées en attendant d’un futur sort.

Alors il faut quand même le dire. Au départ, dans l’idée d’épurer l’art de tout ce qui est dégénéré, l’idée c’était de les détruire ces œuvres d’art. Mais très vite ils ont compris que finalement, même s’ils détestaient ça, ça n’empêche qu’ils ont une valeur intrinsèque, une valeur marchande inestimable. Et donc ça servira de monnaie d’échange pour soutenir l’effort de guerre.

D’accord.

Tu vois donc finalement, évidemment certains tableaux ne seront détruits comme d’autres œuvres d’art. Alors on parle des œuvres d’art mais évidemment en France et dans les autres pays, on ne saisit pas que les peintures des juifs. On saisit aussi leur appartement mais on saisit tout ce qui peut être saisi. C’est vraiment un pillage d’une quantité colossale dans les musées français également.

Donc ça touche tout le monde à toutes les échelles. On peut même aussi dire que le régime de Vichy y a participé quelque fois. Il y avait ce qu’on appelle une aryanisation. On faisait… alors il y a eu le statut du Juif qui était promulgué par le régime de Vichy et donc on a des lois très discriminante : plus le droit de posséder, plus le droit d’entreprendre. Le juif est un majeur qui n’a plus aucune capacité de ne rien faire.

Donc effectivement, là il y a un travail assez important qui est entrepris. Tu vois ici dans l’image on reconnait un tableau de Fernand Léger notamment. Et c’est en attente. C’est en attente. Toutes ces œuvres d’art finalement sont presque toutes passées par le musée du Jeu de Paume. Et dans la deuxième vidéo qu’on regardera, on aura sans doute l’occasion de dire, ce travail qui se complète aujourd’hui est d’une complexité phénoménale.

Alors ça transitait ça va en Allemagne donc c’est une espèce d’œuvre ou gare d’aiguillage.

C’est ça.

D’accord.

Il échoie des œuvres pour Hitler, d’autres pour Göring et puis d’autres qui seront revendues sur le marché parallèle. Göring d’ailleurs n’a pas fait que piller des œuvres d’art. Il a encouragé les troupes allemandes à piller. Il leur autorisait à ramener des colis jusqu’à hauteur d’1,2 kilo par soldat autant de fois qu’il le voulait. Il ne fallait pas que ça excède 1,2 kilo.

Et puis là aussi il fait des déprédations de nourriture enfin c’est vraiment un personnage sinistre qui a eu son rôle peut-être le plus important dans ces spoliations. Je parlais des œuvres d’art mais la nourriture aussi en temps de guerre c’est terrible.

 

Alors pour terminer…

Oui vas-y dis-nous.

Sur une image et pour éclaircir un petit peu le tableau quand même. On a prononcé tout à l’heure.

Elle est belle cette photo.

Oui elle est… toujours au Jeu de Paume… le nom de la résistance. Et la dame qui est tout à gauche dans l’image…

Oui ?

Et bien c’est Rose Vallon. Rose Vallon était attaché de conservation. Tu vois elle n’était pas encore conserv    atrice. Elle était donc en poste au musée du Jeu de Paume. Et elle, elle voit tout ce trafic qui passe par le musée, des chefs d’œuvre et puis elle entend les conversations. Figure-toi qu’elle fait acte de résistance.

Elle écoute. Elle copie ce qu’elle entend. Elle pique même dans les poubelles des papiers carbonés pour retrouver comme ça la destination future du tableau. Et grâce à elle, dans le travail des restitutions, ça a été rendu possible grâce à son intervention.

D’accord.

Elle a été capitaine de l’armée. Elle a été résistant. C’est une personne véritablement essentielle dans cette vaste question qui nous concernera dans la deuxième vidéo, et qui met en jeu des pays, à chaque fois des lois différentes selon les pays…

Un sac de nœud quoi !

C’est un sac de nœud.

Et ce n’est pas terminé.

Et ça n’est pas terminé. On en parle très peu.

Oui.

Quelquefois un peu caricatural quand même. Des livres ou des films commencent à en reparler mais…

J’attends avec impatience la suite-là pour que tu nous dises voilà comment, quelle méthode on emploie, quel est l’état des lieux, comment on fait.

Voilà.

Et puis tu dois nous montrer des choses qu’on a fait récupérer.

Des exemples aussi d’œuvre.

Très bien. Allez on finit. On finit un peu avec une envolée un peu d’espoir et de tourner vers l’avenir.

Bien sûr.

Merci beaucoup.

Merci.

A très bientôt.

Nicolas Feliers

Nicolas Feliers

Nicolas est Intervenant en Histoire de l’art à l’Institut Supérieur des Techniques de Communication (Lille) :

 - cours de culture générale, Guide-conférencier des Villes et des Pays d’Art et d’Histoire,

 - vice-président de Vauban Loisirs Animations Culture (Lille),

 - Guide-conférencier au Musée de Flandre (Cassel),

 - guide-conférencier pour l’Office de tourisme de Roubaix.

 

Créations de circuits pédestres, bus et vélo, Conférencier pour l’association Les Amis des Musées de Lille,  

Guide-conférencier au Musée La Piscine, Roubaix,  

chargé de mission pour l’Association des Conservateurs des Musées du Nord-Pas-de-Calais,

chargé de mission pour l’Association des Conservateurs des Musées du Nord-Pas-de-Calais.

Pas de questions pour le moment.

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