Matisse

Nicolas.

Fréderic bonjour.

Oui bonjour. Tu nous parles de Matisse que j’adore, vraiment que j’adore, dans sa dernière période je crois. Je ne connais pas Matisse finalement. Donc il faut que tu nous parles de cet homme, de cet artiste complet.

Le grand peintre français du 20e siècle.

C’est l’œuvre ou le peintre ?

C’est un des grands peintres qu’on a souvent opposé à Picasso.

D’accord.

Ils s’admiraient, se respectaient mais ils se méfient mutuellement l’un de l’autre malgré tout.

Deux businessman ou pas du tout ?

Non ce n’est pas une histoire de business, c’est plutôt une histoire d’aura ou de notoriété.

D’accord. L’ego.

Ce n’est pas le même caractère. Gertrude Stein appelait Matisse le Pôle Nord et Picasso le Pôle Sud.

D’accord.

On en a un petit aperçu.

Ok, ça marche.

Alors on va regarder chronologiquement comme on le fait toujours pour voir qu’effectivement, Matisse dont tu apprécies les œuvres finales, un peu comme je crois de tous…

Oui, ce qu’on connait.

A démarré de manière complètement différente. Je dirais que c’est un peu un accident. Il n’aurait pas dû devenir peindre au départ. Il était clerc de notaire. Il tombe malade.

Son côté Pôle Nord donc c’est ça ?

Oui c’est le Nord, c’est le Cateau-Cambrésis où il y a son très beau musée.

Oui, magnifique musée. J’ai la chance de ne pas être très loin. Il tombe malade ?

Il tombe malade. Il est alité pendant quelques semaines.

Jeune alors ?

Ah oui très jeune.

Non, il a une vingtaine d’années.

Ok. D’accord.

C’est un jeune employé de bureau, et qui pour se distraire, un de ses amis lui amène une boite de couleurs, il lui amène des peintures. Sa maman, la mère de Matisse faisait également un peu de peinture en amateur.

D’accord.

Et c’est comme ça que pour occuper ses journées de convalescence, notre jeune homme commence à barbouiller on dira très simplement.

 

Alors ici on va regarder tu vois Frédéric, c’est la première peinture qu’il a réalisée, enfin qu’il a jugé digne d’intérêt. On est en 1890. C’est une nature morte aux livres assez austère.

Superbe qu’on voit là.

Oui, magnifique.

A l’éclairage de sa carrière derrière, c’est peut-être ça qui joue mais magnifique quand même. C’est quelqu’un qui va découvrir la lumière du Midi de la France et puis ensuite aura une période orientaliste.

Oui, exact.

Alors il est guéri de sa crise d’appendicite, il revient comme clerc de notaire mais il s’inscrit dans une école d’art pour étudiant pour travailleur textile. Alors le textile effectivement, Matisse est issu du Nord de la France, grande tradition du textile. Et particulièrement à Bouin près de Cateau où il y a de la famille de Matisse ont créé des textiles de très grande qualité. On travaillait pour des maisons de luxe comme Rodier notamment. Et ça… ça va le poursuivre.

C’est sûr.

Ça va continuer. Alors peut-être un peu intellectuel c’est vrai le livre, la méditation, la vanité, la chandelle et tout. Sérieux mais très appliqué. Il copie beaucoup.

Presque philosophique quand tu vois.

Ah oui tout à fait c’est un intellectuel Matisse.

 

Alors l’image suivante effectivement, on est en 1904. Donc on a fait un grand pas. Entre temps, Matisse évidemment a laissé cette étude de clerc de notaire. Il est monté à Paris, il rencontre Marquet aux arts décoratifs.

Marquet ? Qui est Marquet ?

Albert Marquet qui sera un futur peintre fauve avec lequel il va beaucoup travailler aux arts décoratifs. Toujours ce souci décoratif et peut être un qualificatif qui lui colle déjà à la peau. Il s’inscrit aux beaux-arts, et là il entre dans un très grand atelier, celui de Gustave Moreau qui est un très grand peintre symboliste. Bien sûr ce n’est pas le style qu’adoptera Matisse mais c’est surtout un très bon pédagogue.

Et il recrute beaucoup de jeunes qui seront les futurs peintres fauves dont on reparlera certainement une autre fois. Surtout, il a une phrase un peu prophétique Moreau vis-à-vis de Matisse, il lui dit : « Vous, vous allez simplifier la peinture ».

Et effectivement, il sort de l’atelier de Moreau. Et fin 19e siècle, il y a une grande fascination pour un nouveau mouvement artistique qui suit l’impressionnisme. On a plusieurs noms, c’est le néo-impressionnisme qu’on appelle aussi plus vulgairement le pointillisme.

D’accord.

Et le grand chantre de cette technique était Seurat. Et là, beaucoup d’artistes s’engagent dans cette voie, y compris le vieux Pissarro qui est un peu le patriarche de l’impressionnisme, à l’âge de respectable de grand-père commence lui aussi à faire ses petits points. Et Matisse prend le mouvement en marche dans un sujet également : les Baigneuses. On a beaucoup vu du temps de cette peinture de l’époque.

Il faut dire que Matisse aura très tôt acheté une peinture de Cézanne, les trois baigneuses dont il ne se séparera jamais. Alors les nus-couchés, je pense à Manet, le déjeuner sur l’herbe, le sujet est dans l’air du temps de cette époque. Par contre la manière de composer, tout est par petit point. C’était aussi le pointillisme, le divisionnisme, une manière scientifique d’analyser le spectre des couleurs.

Et par rapport notre Matisse intellectuel, effectivement c’est un mouvement certainement qui le séduit pour cette raison.

Très bien.

Alors on y voit, tout est en sensualité dans les courbes, aussi bien ces jeunes femmes qui se sèchent les cheveux, une dense déjà tout à gauche, je le dis déjà parce qu’on y reviendra dans quelques instants. Le rivage est également sinueux. La ligne d’horizon avec ses collines, tout est dans ce langage de la sensualité des courbes.

 

On va regarder si tu veux l’image suivante où là, à peine un an plus tard, Matisse a encore franchi un nouveau cap puisqu’il fait partie de cette bande d’artiste qui expose en 1905 au salon d’automne qui vont causer un scandale assez remarqué, c’est le moins qu’on puisse dire. On va appeler ça le fauvisme.

Alors cette toile, c’est le portrait d’Amélie Matisse, sa femme. Et là, quand on parle de fauvisme, il faut se rappeler dans le contexte de l’époque, c’est une insulte. Oui, l’impressionnisme commence à peine à être accepté…

Digéré c’est ça ?

Voilà.

Intégré dans les … d’accord.

Qu’on rajoute une couche supplémentaire au mauvais gout j’ai envie de dire. Parce que les impressionnistes on leur reprochait de mal peindre. Bon, ça c’est la critique de l’époque, nous n’y étions pas. Par contre, eux avaient quand même le respect des couleurs…

Les couleurs, les harmonies

Tandis que là, on jette un pot de peinture à la figure du public. Et dans cette exposition au Salon d’automne, il y avait des bronzes très classiques à côté des peintures de Matisse et d’autres camarades. Et là, on a dit c’est Donatello chez les fauves. Cette couleur, elle est tellement agressive, elle ne correspond à rien.

Et effectivement, Matisse emploie d’ailleurs beaucoup de tons chauds peut-être pour symboliser un peu l’amour qu’il porte à sa femme. Un cerne noir également qui est très…

Très graphique ?

Très graphique.

Il y a ces ombres verdâtres qui ne sont pas…

Très dessinés. Et puis alors le chignon, le costume, Matisse s’est beaucoup intéressé comme sa génération à l’art de l’estompe japonaise. Et là on peut certainement y voir une sorte de réminiscence par la couleur de ces fameuses estompes que collectionnaient aussi les artistes de cette époque.

Exact.

On continue ?

Oui, vas-y. Je suis impatient. Je me laisse porter par cette histoire.

 

On continue. On est à l’année suivante en 1905 et en 1906.

Ça va vite entre guillemet dans l’évolution.

Ça va très vite. Et Matisse devient le chef de file, le porte-drapeau de la nouvelle peinture moderne en France. A ce moment-là, on ne parle pas encore vraiment de Picasso.

D’accord.

La Joie de vivre. Alors la Joie de vivre c’est une composition monumentale. 1m75 sur 2m41. Et cette peinture nous propose finalement un peu le même sujet qu’on vient de regarder précédemment. Mais là, on a une simplification dans la couleur, dans ces couleurs pures. C’est ça qui a beaucoup choqué, c’est l’emploi de ces couleurs pures non mélangées et non objectives aussi d’ailleurs. Le jaune du sable,

C’est du sable oui c’est ça oui. Il y a les corps qui restent quand même dans la gamme des roses voilà pour la carnation.

Bien sûr.

C’est presque classique donc.

C’est très classicisant dans le déroulement de toutes ces figures. Si on pense à Puvis de Chavanne qui aussi lui, travaillaient un peu dans ce type de…

Tu nous montreras à l’occasion ?

Les compositions sont très proches…

D’accord.

Dans les grands formats également. Il faut savoir que Matisse effectivement, très tôt, il est à l’aise dans les grands formats, ce qu’aura beaucoup plus de mal à faire Picasso. Alors je ne cherche pas les opposés mais c’est vrai que Picasso, voyant Matisse réaliser j’allais dire des coups d’essais comme des coups de maitre, ne va pas tarder à réagir.

Ah oui, il s’aiguille l’un l’autre quand même, c’est ça ?

Oui, c’est une émulation, une concurrence si on peut le dire.

D’accord.

Et Matisse va avoir l’occasion de rencontrer Picasso justement chez les Stein, Gertrude et Leo Stein. Ceux-là même qui les qualifiaient de Pôle nord et Pôle sud dont on parlait tout à l’heure. Et Picasso certainement est un peu piqué par ce type de peinture qui est tellement nouvelle et révolutionnaire.

Et Picasso va réagir avec une grande peinture également, la famille de saltimbanque, avant de produire effectivement cette réponse d’une certaine manière avec les demoiselles d’Avignon dont on en a déjà beaucoup parlé précédemment.

Ça marche. C’est très clair.

Alors cette peinture d’abord elle est collectionnée, elle est achetée par les Stein et puis ensuite elle est allée dans la collection d’un grand américain qui était Alfred Barnes. Et elle est installée à Philadelphie. Jusqu’à très récemment, les droits de reproduction en couleur de cette œuvre était interdit. C’est dire effectivement, il fallait aller sur place pour pouvoir l’apprécier dans cette tonalité si particulière.

Magnifique.

Alors justement, puisqu’on vient de regarder deux images de baigneuses dans un magnifique paysage coloré, quand on regarde cette sculpture de Matisse, le nu-couché un qu’il appelle Aurore qui date de 1907, tu reconnais une de ses poseuses qu’on vient de voir dans la Joie de vivre et également précédemment dans la peinture : Luxe, calme et volupté.

Matisse est un artiste, comme Picasso le fera d’ailleurs, qui cite lui-même sa propre peinture, ses propres motifs, et le passage du dessin à la peinture, oui c’est vrai mais aussi de la peinture à la sculpture.

D’accord.

Et vice versa. Alors c’est donner une tridimensionnalité à son œuvre. Vous allez simplifier la peinture lui avait dit son professeur aux beaux-arts. D’une certaine manière, ce qui l’intéresse aux sciences cultures, c’est vers la simplification, vers une synthèse des formes.

D’accord.

Matisse doit beaucoup sculpter. Il va sculpter à peu près 80 œuvres différentes en deux périodes. Entre 1900 et 1910, on a pratiquement la moitié de ses sculptures dont celle-ci, ce très beau bronze et puis aussi dans les années 20, et toujours en rapport avec sa peinture de l’époque, notamment à ce moment-là c’était les odalisques dans sa peinture de la période niçoise.

La taille de ce bronze-là ?

Elle fait une cinquantaine de centimètres.

Ok d’accord. Ça marche. C’est bon.

 

Ah, inconnu. Tu nous sors un scoop c’est ça ?

Voilà. Un inédit de Matisse.

Un inédit de Matisse. Il n’a pas fait le tour du monde du tout.

Non.

Excellent, allez.

La danse.

Incontournable.

Alors La danse, celle-ci puisqu’il y en aura plusieurs, elle est commandée par le grand collectionneur russe Chtchoukine. Chtchoukine pour décorer son intérieur avait commandé à Matisse deux œuvres : celle-ci, cette danse, et puis également comme un pendant, La musique où on retrouve exactement les mêmes chromatismes, ce même rythme, cette même sinuosité dans le dessin.

Mais il y a une autre version que fera Matisse également, qui se retrouve d’ailleurs aujourd’hui au MOMA à New-York. Et puis également, il y en a une autre à la fondation Barnes également. 

Grand format ?

Très grand format. Ici, j’ai noté : 2m60 sur 3m91. C’est gigantesque.  Alors Matisse revient un peu dans ces... pour ce motif de baigneuses, de danseuses plutôt, ou baigneuses qu’on vient de voir précédemment, une scène sur la plage, je t’avais donc signalé, certaines dansaient déjà. Il a eu l’occasion, toujours par les Stein, les Stein sont vraiment un lien essentiel entre les artistes, d’aller observer la danseuse Isadora Duncan au moins 2 fois.

D’accord.

Et il est fasciné par les spectacles qu’elle peut produire, qui est assez moderne. Quand on a regardé Isadora Duncan, elle-même s’est beaucoup inspirée de la danse grecque ancienne de l’antiquité. Et d’une certaine manière, par l’intermédiaire d’Isadora Duncan, Matisse est très proche des vases grecs de l’antiquité. Quand on regarde ceux des 4e et 5e siècles, on a ces vases qu’on appelle la figure rouge où on a ce motif du trait noir qui cerne.

Matisse finalement, en étant moderne, montre une certaine paternité ou proximité enfin une proximité plutôt avec cet art très ancien.

 

L’algérienne. La même année que la danse.

Alors il a quel âge-là ? On ne sait plus j’ai perdu le fil.

Alors là il a une trentaine d’années.

Ok ça marche.

Il revient d’un voyage à Berlin. Et là, il a découvert l’expressionnisme allemand. Cet œuvre n’est d’ailleurs pas si éloigné que ça l’expressionnisme allemand dans une sorte de violence aussi bien dans les couleurs.

C’est acerbe, c’est sculpté.

C’est taillé.

Taillé, voilà c’est taillé.

Le visage est assez fardé, et toujours ce cerne noir noir qui va rythmer, qui va un peu contrebalancer l’équilibre de sa peinture. Quand il revient de Berlin, il va réaliser toute une série de portrait féminin dit exotique dont celui-ci qui à l’époque connait une forte demande.

Sur le marché américain, on parlait des Stein. Sur le marché russe, on vient parler de Chtchoukine qui permet de connaitre l’art français très rapidement en Russie mais c’est un collectionneur français qui l’achète :  Guy de Cholet. Guy de Cholet c’était un natif du cercle d’Alphonse Kahn, ce grand banquier, ce grand collectionneur.

Sauf que Guy de Cholet décède pendant 1418 et qu’il cède toute sa collection à l’Etat français, aux musées nationaux qui accepte l’œuvre mais un peu je dirais en trainant les pieds. Ce qui est amusant parce qu’effectivement, maintenant ça fait partie d’un des fleurons de nos musées nationaux concernant cette période.

On voit déjà tu vois l’arabesque de ce… qui se dessine sur ce fond rouge derrière la jeune femme. Il faut dire que Matisse, à partir de 1906 jusqu’en 1913, va pendant les hivers dans le sud de l’Europe, en Andalousie, en Espagne mais également parfois au Maroc et aussi en Algérie comme l’avait fait avant lui un certain Eugène Delacroix, autre grand peintre de la couleur qui le séduit, qui le fascine. On continue ?

Oui.

On ne va pas s’arrêter là.

Oh non on ne va pas s’arrêter là.

 

Alors ici…

Qu’est-ce que c’est que ça ?

Ici effectivement.

Qu’est-ce que tu nous as sorti ?

Une œuvre peut-être beaucoup moins connue de Matisse, qui est complètement différent parce que Matisse comme on vient de regarder, c’est vrai que moi, il incarne à mes yeux la joie de vivre, le bonheur, la plénitude. Ici il faut rappeler le contexte, on est en 1914, ça s’appelle : la Porte-fenêtre à Collioure. Il veut…

Collioure dans la banlieue lyonnaise ? Alors Collioure, on est dans le sud, on est dans le sud-ouest.

D’accord.

Et il veut s’engager dans le premier conflit à l’instar d’autres peintres qui sont déjà mobilisés comme Derain, Braque, et il écrit au ministre des travaux publics Marcel Sembat pour son souci patriotique.

D’accord.

Et celui-ci lui répond : « mais finalement, si vous voulez servir la France, continuez à bien peindre comme vous le faites déjà. » Et c’est comme ça que Matisse n’intègrera pas les rangs de l’Armée française. Mais il va quitter Collioure et un peu d’une certaine manière un champ du signe parce que c’est une période de profonde dépression pour les artistes, de difficulté financière également certainement à venir, oppressante.

Il fait une œuvre extrêmement radicale, la plus fermée j’allais dire même si c’est une porte-fenêtre. Le thème est très souvent chez Matisse la porte-fenêtre. Mais habituellement, elle donnait sur un paysage sur la mer, sur le végétal. Tandis qu’ici, on est ouvert sur un fond noir, sur du noir.

Ce qui est très intéressant dans cet œuvre, il ne sera jamais abstrait. Il n’ira jamais plus loin, Picasso non plus d’ailleurs. Bon je les associe très souvent parce qu’ils se ressemblent énormément. Mais par contre, elle a une très grande influence certainement sur l’art contemporain à l’époque. Et je pense notamment qu’on vient d’assister à la naissance de l’art abstrait.

C’était Kandinsky, le peintre allemand, on a dit il venait d’aller en Allemagne. Mondillon venait aussi de passer le cap avec ses carrés de couleur. On y est très proche finalement ici. Et puis moi je pensais tout simplement à l’abstraction américaine qui va beaucoup se nourrir d’une œuvre comme celle-ci, les artistes américains installés après 45. Je pense à Barnett Newman. Je pense à ces artistes abstraits géométriques.

De toute manière, Matisse, aussi dans son œuvre figuratif parce qu’il est un très grand coloriste, va nourrir tous ces artistes là, que ce soit Rothko, que ce soit tous ces artistes qui vont effectivement voir en lui un très grand précurseur.

Ok.

Donc une œuvre importante.

Surprenante.

 

On continue avec une œuvre que moi qui me séduisait beaucoup. Je ne concevais pas de faire une petite présentation de Matisse sans montrer un dessin, parce que l’exercice pour lui était un jeu. Il le dit d’ailleurs. Moi je… une journée de travail, 50% de peinture, 50% de dessin.

D’accord.

C’est un partage équitable. Alors il y a deux manières de dessin chez Matisse. Un dessin qui te ferait préparatoire à une peinture ou sculpture, une étude ou alors un dessin libre spontané fait pour lui-même.

Et là on évoque quoi ?

Et là, on est dans une œuvre autonome où le trait joue sur le papier, l’équilibre entre justement la répartition du blanc, son importance qui vient répondre à ce trait qui ont dû le… comme des vagues. Comme des vagues littéralement. Ce dessin au trait qui a l’air… évidemment qui est très maitrisé, demande en réalité certainement de nombreuses années d’apprentissage.

Seuls les grands dessinateurs ont cette facilité apparente. Je pense à certains dessins de Jean Cocteau notamment…

Oui, bien sûr.

Dont le trait est assez proche parfois. Picasso également. Parfois, peut avoir un faire assez proche de celui-ci. La chevelure, c’est le titre et c’est vrai que c’est ce trait physique qui vient un peu contrebalancer l’équilibre et la symétrie du visage du modèle qui est plutôt lui proche de la définition d’un masque ou d’une sculpture antique.

 

On va terminer avec une œuvre tardive de Matisse qui est également très célèbre, qui fait partie d’une série d’illustration pour un livre. Ce livre s’appelle Jazz. Et Jazz, c’est un livre qui est édité avec 20 illustrations de Matisse dont celle-ci qui s’appelle Le cirque. Et c’est un travail de collaboration avec l’éditeur d’art grec Tériade.

Alors Tériade est également un grand nom qui à l’époque est associé aux artistes. Il a d’abord été collaborateur pour Albert Skira, celui qui publie des très belles revues d’art consacrées aux artistes.

D’accord.

Ensuite, Tériade sera associé à l’aventure du Minotaure, cette fameuse revue surréaliste. Et maintenant, Tériade va également être responsable d’une revue qui s’appelle Verve, une revue poétique dans laquelle on illustrait tous les plus grands artistes de l’époque. Donc il est tout à fait normal qu’il s’intéresse à ce grand dessinateur qu’est Matisse.

Et ce livre, c’est à la fois une correspondance entre une page dessinée de Matisse et un texte également calligraphié par Matisse. Et là, puisqu’on vient de regarder un dessin précédemment, il y a le geste du pinceau à l’encre noir qui joue également dans les… un peu l’arabesque.

Donc là c’est un collage ? Alors c’est du collage. J’ai dit peinture mais effectivement c’est du collage. Matisse a maintenant des problèmes de santé. Il a subi une opération chirurgicale mais il continue malgré tout à travailler. Et la technique du papier collé qui rappelle un peu la période cubiste, je pense à Picasso et quelques autres, lui permet de continuer à s’exprimer pleinement.

Et là on peut citer pour être sincère, son aide-atelier Jacqueline Duhême, qui va gouacher des papiers.

Préparer des planches.

Lui préparer le travail exactement. Alors il est très exigeant sur la qualité. Il ne faut pas faire des aplats purs, il faut nuancer dans les couleurs. Et puis ensuite, découper, et j’ai envie de dire également de manière calligraphique. Il y a tout un art de...

C'est lui qui découpe ?

C’est elle qui découpe.

C’est elle qui découpe ?

C’est elle qui découpe, et lui ensuite, fait le jeu d’approcher les couleurs, les découpages, les fonds et associer ces ensembles. Quelquefois, au lieu de prendre les motifs qu’elle a découpés, il prend l’alentour. C’est selon, des fois c’est le positif du dessin, des fois c’est le négatif du papier découpé.

D’accord.

Et là, alors il y en a une vingtaine qui sont toutes aussi colorées que celle-ci. Tu noteras que tout en bas à droite, on a encore cette danseuse avec cette chevelure tressée. Encore un autre qu’il appelle la chevelure qui est vraiment un élément de sensualité…

Qui est sous un faisceau lumineux-là un spot et puis…

Oui. Une fenêtre.

En équilibre ou …. Ok

Alors le premier thème de ce livre… le premier titre pardon devait être le cirque. Et puis finalement, Matisse ensuite part dans les motifs exotiques notamment le thème du lagon. Et c’est pour ça que le titre sera changé et sera finalement donné Jazz.

Le bouquin, d’accord.

Oui parce que finalement, la thématique n’était plus que celle du cirque mais était également… il voulait définir un petit peu la manière de composer très improvisé comme dans cette musique de jazz, très rythmée également.

Il a quel âge là, à peu près ?

Ben là on est en 1941, il lui reste encore 6 années à vivre. Donc effectivement ce sont parmi les derniers travaux de l’artiste qu’il exécute durant cette vie très remplie.

Donc en fait très éclectique dans le temps mais il y a une cohérence dans l’ensemble. Il y a des influences qui restent.

Il y a toujours une cohérence par rapport à la couleur, moi je pense, au souci du décoratif, au motif grec d’arabesque et puis également dans la composition. Matisse est un de ceux qui, quand on le disait, se reprend un peu, se nourrit de lui-même. Une baigneuse d’une peinture peut devenir une sculpture autonome. Ensuite, redevenir quelques années plus tard mais sous forme de papier collé, il approfondit son propre travail.

C’est ça. Très cohérent.

Et plus on le regarde, plus on retrouve des œuvres qu’on connait déjà quand on regarde une nouvelle œuvre de Matisse. C’est fascinant.

Très bien. Fascinant ce tour d’horizon rapide d’une œuvre riche quand même. Donc exercice difficile qu’on demande à Nicolas. La contrainte du format-là pour faire un tour rapide, voilà, nous permet de donner des envies d’aller plus loin et puis d’avoir au moins un premier tour avec des partis pris, les partis pris des Nicolas qu’on aime beaucoup et qu’on va poursuivre dans cette série de vidéos. Merci beaucoup.

Merci.

A bientôt.

Nicolas Feliers

Nicolas Feliers

Nicolas est Intervenant en Histoire de l’art à l’Institut Supérieur des Techniques de Communication (Lille) :

 - cours de culture générale, Guide-conférencier des Villes et des Pays d’Art et d’Histoire,

 - vice-président de Vauban Loisirs Animations Culture (Lille),

 - Guide-conférencier au Musée de Flandre (Cassel),

 - guide-conférencier pour l’Office de tourisme de Roubaix.

 

Créations de circuits pédestres, bus et vélo, Conférencier pour l’association Les Amis des Musées de Lille,  

Guide-conférencier au Musée La Piscine, Roubaix,  

chargé de mission pour l’Association des Conservateurs des Musées du Nord-Pas-de-Calais,

chargé de mission pour l’Association des Conservateurs des Musées du Nord-Pas-de-Calais.

  • [Nicolas Feliers le 14/01/2017]

    Bonjour Marie-Jo. Je partage votre curiosité pour l'art. Quel plaisir de se plonger dans cet univers fascinant ! Aller parfois vers l'inconnu, repousser toujours plus loin les limites de sa propre connaissance. Apprendre à regarder... La joie de (re)découvrir, de faire évoluer son propre goût. C'est un enrichissement personnel que l'on communique volontiers à ceux qui aspirent aux mêmes émotions. Nicolas

  • [Marie-jo landes le 11/01/2017]

    encore une fois un pur moment de plaisir !Je viens de regarder la vidéo sur Matisse ! Encore merci Nicolas, toujours aussi intéressant et passionnant ! Grâce à vous j'apprends, je découvre des oeuvres méconnues quelques fois qui nous sortent des standards de celles que l'on connait déjà. Grâce à vous on a envie d'en savoir plus encore, vous éveillez notre curiosité. C'est super ! Je suis fan (même si je n'aime pas trop ce mot qui maintenant de nos jours nous rapproche du fanatisme terme qui nous fait horreur)

    Merci

  • [Nicolas Feliers le 08/04/2016]

    Bonjour Kty Razza. Je partage votre avis sur le fait que Matisse est souvent résumé dans les médias à quelques oeuvres phares. Mais il est intéressant aussi de connaître ses débuts. Je vous rejoint à propos de votre goût pour le dessin linéaire. Quelle élégance ! Simplicité et efficacité. Certains peintres dans les années 1920 vont ressentir ce besoin de classcisme et sont regroupés sous l'étiquette "Les Néo-Davidiens". Ils admiraient J.L David et J.A.D Ingres pour la pureté de leur dessin. Matiisse n'appartient pas à ce courant appelé par Cocteau (dont vous parliez) du "Retour à l'ordre" qui prônait les sujets bibliques et mythologiques. Mais stylistiquement, Matisse est parfois très proche de ces créateurs.A bientôt, Nicolas

  • [Kty razza le 28/03/2016]

    merci pour ce très riche survol :) je ne connaissais pas vraiment l'?uvre de Matisse . il a beaucoup évolué mais j'avoue un gros coup de c?ur sur le dessin "style Cocteau" .

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Discipline Conférences
Difficulté Initiation
Genre Les Conférences
Durée de la Vidéo 26mn07