Le siècle de Michel Ange 2, premières œuvres

Alors Nicolas tu nous as assez maintenu en haleine là pendant le premier épisode. On en est où dans cette… c’est une saga enfin c’est…

C’est le siècle de Michel Ange.

Siècle de Michel Ange aujourd’hui.

Chronologiquement nous avons vu ses premières années et ses premiers dessins…

Oui.

Le contexte culturel, quelques images d’artistes qui vont l’inspirer tout au cours de sa vie.

Et rien sur lui ?

Et rien sur lui.

Enfin de lui de lui de lui ?

De lui.

Alors justement on va commencer par ce qui représente sa première œuvre sculptée parce que Michel Ange c’est un sculpteur même s’il peint après, on regardera lors d’une autre vidéo certainement. Ici tu vois nous regardons un relief qu’il a taillé dans un bloc de marbre d’une cinquantaine de centimètres pour la taille.

D’accord.

C’est voilà c’est un petit format sur un sujet de mythologie : la bataille des centaures contre les lapithes. Alors que s’est-il passé ? ben c’est un peu la préfiguration si tu veux dans le sujet que l’on voit chez les Romains qui vont enlever les sabines.

Il est sans doute inspiré dans ce cercle humaniste autour de Laurent de Médicis dit le magnifique par cet humaniste dont on avait montré l’image Ange Politien…

Oui.

Qui va l’instruire beaucoup sur les écrits.

Oui.

Et là on voit un artiste qui travaille… ce qui sera sa grande spécialité, le corps humain, son étude dans le mouvement toujours dans la puissance musculaire et aussi beaucoup dans le nu.

La torsion et le nu oui.

Dans la torsion.

Oui oui.

Ce qui crée une certaine confusion dans le sujet. Alors est-ce vraiment la bataille des centaures contre les lapithes ? Est-ce que c’est peut-être pas plutôt le combat d’Hercules contre le centaure Nessos ? parce qu’il avait essayé d’enlever son épouse. En tout cas tu constates tout de suite qu’il n’y a pas de centaure.

Mais oui voilà merci. Je cherchais calmement.

On ne les voit pas.

Poliment.

On rappelle le centaure c’est l’hybride entre l’homme et l’animal…

Oui.

Avec un corps humain un tronc humain…

Un tronc humain ?

Et un arrière train de cheval tout simplement.

Oui.

Il est inspiré pour cette première image alors tu vois on parle de relief. Certaines parties dont le front apparaissent en faible relief. D’autres au premier plan…

Oui.

Surgissent sortent littéralement du pâte…

Saillant quoi oui oui.

Et là on parle du haut-relief.

D’accord.

En général le moyen-relief c’est la moitié de la tête qui sort du support.

D’accord.

C’est un peu un repère qu’on s’est donné. Quels sont ces mort...

Ah c’est ça ? pardon je t’interromps.

C’est ça.

Les bas-reliefs…

Tout à fait.

Les bas-reliefs c’est très très bas.

Bas-relief c’est très faiblement…

Ah !

Saillant.

Ce n’est pas de la position…

Pas du tout.

Dans le…

Quand c’est à moitié le motif sortant du support…

D’accord.

Et bien c’est du moyen-relief.

Moyen-relief.

Si c’est inférieur c’est bas-relief.

D’accord.

Et quand ça sort… donc en fait effectivement sur un même relief on a des parties en bas, moyen et haut-relief…

Ok.

Notamment ici c’est la jambe du personnage tout en bas à gauche qui sort complètement en ronde bosse on peut dire, qui se déploie complètement dans l’espace.

Alors pour faire cette belle image…

Quel âge il a ? Je te coupe tout le temps la parole.

Ah non ben il a à peine 17-18 ans.

D’accord.

On est ici en 1491-92.

Ok merci.

Il était né en 1475. Alors pour en arriver à cette très belle première œuvre, Michel Ange a beaucoup de modèles à l’esprit, notamment les bas-reliefs dans les sarcophages de l’antiquité gréco-romaine.

D’accord oui.

Alors cette œuvre-là je vais te montrer où tu peux la voir exposée à Florence dans ce très beau musée qui s’appelle la Casa Buonarroti.

Un musée tu insistes. Toujours il nous glisse un musée entre deux thèmes. Tu es un grand fan de musée.

Bien évidemment alors tu te souviens que le nom de famille de Michel Ange c’est Buonarroti…

Oui.

Simonie.

Oui.

Et bien il a vécu dans cette très belle habitation que l’on regarde actuellement qui conserve quelques très belles pièces de Michel Ange dont une autre qu’on regardera dans quelques minutes si tu veux bien.

Et la sculpture qu’on vient de voir ?

Le relief de la bataille…

Le relief de la bataille…

 

Bien évidemment.

D’accord.

Alors ce relief de la bataille si on revient sur l’image, Bertoldo di Giovanni…

Oui.

Qui était celui qui dirigeait l’école dans laquelle Michel Ange étudie, une école qui est chapeautée par Laurent de Médicis…

Oui.

Qui l’avait cohorté. Ça c’est ce qu’on avait vu dans le premier épisode. Et bien lui-même avait représenté une bataille qui se trouvait sur le manteau de la cheminée à côté du salon des Médicis. C’était un relief en bronze sur le même sujet.

D’accord.

Alors évidemment Michel Ange le voyait tous les jours. Et il a proposé le sien par rapport à celui de son maître.

 

Mais on peut voir également d’autres sources d’inspiration dans l’image du relief de la bataille de Michel Ange. Notamment ici on regarde l’un des plus célèbres combats de centaure. Tu reconnais l’image certainement.

Oui je la reconnais. Mais je la connais par cœur.

Ah elle est très belle. Elle est universellement connue.

Oui c’est très épuré.

Alors on est à Athènes…

Oui.

Au Vème siècle avant Jésus Christ…

D’accord.

Sur l’acropole.

Ok.

On s’approche un petit peu, le Parthénon dans la partie supérieure les fameuses frises sculptées. Et maintenant elles sont liées puisqu’on parlait de musée, une partie est exposée au British Museum à Londres.

Ok.

Ici c’est exactement le sujet que voulait traiter Michel Ange sauf qu’ici on a comme tu peux le voir un vrai centaure.

Oui. Alors le côté haut-relief c’est ça ?

Le haut-relief.

A pris … voilà il a des morceaux qui sont partis avec le temps.

Moi je trouve cette œuvre beaucoup plus lisible que celle de Michel Ange.

Oui c’est clair.

On va peut-être être d’accord pour dire un style un peu enchevêtré chez Michel Ange.

Ah et puis excessif quoi ! c’est ça ?

Un tumulte excessif effectivement qui tient d’ailleurs de son caractère tu fais bien de le préciser, on va parler de la terribilità. On aura l’occasion plusieurs fois d’y revenir.

Terribilità ?

La terribilità qui dit bien ce qu’est le caractère de Michel Ange…

Oui oui.

Et on le retrouve parfaitement dans son style. Ça c’est vraiment une très très belle image dans la culture classique humaniste pour Michel Ange dans cette cour florentine des Médicis.

Mais il faut aussi pour bien comprendre le relief de la bataille de Michel Ange…

Oui ?

Se plonger également dans les traités théoriques. Et ici je te montre l’image la couverture d’un livre fameux, encore aujourd’hui il est régulièrement réédité, ce sont les traités de Léon Battista Alberti qui était à la fois humaniste, philosophe, écrivain, peintre, linguiste.

A l’époque oui.

Et ici ces trois livres traitant des beaux-arts on en a un sur la peinture mais un très beau pour Michel Ange en tout cas sur la sculpture. Et dans ce livre il distingue les deux techniques différentes pour sculpter…

Oui.

Celle que choisira Michel Ange qui est la plus belle la plus noble mais aussi la plus dure physiquement : la taille.

La taille oui.

Tu as raison d’en parler le relief de la bataille c’est un morceau de marbre de carrare extraordinaire.

C’est incroyable.

Une très belle qualité. Mais…

Et l’autre ?

Ben c’est le modelage.

C’est ça modelage.

Le modelage.

D’accord d’accord.

Beaucoup de grands artistes je pense à Rodin notamment, ne modelaient pas… ne sculptaient pas. Ils faisaient du modelage. Et ensuite ce travail de modelage il est traduit soit taillé par des praticiens…

D’accord.

Ou soit souvent la plupart du temps à la renaissance traduit dans une fonte dans le métal en bronze.

Pour immortaliser ?

Pour immortaliser.

D’accord ok.

Et un artiste qui est bien mis à l’honneur dans ce traité sur la sculpture pour Léon Battista Alberti, c’est la génération avant Michel Ange, il est contemporain de Donatello, autre illustre Florentin qui peut servir aussi de modèle, peut-être un rival esthétique stylistique pour Michel Ange. Mais tu vois qu’il se positionne dans un contexte…

Oui.

Très riche…

Très très riche.

Sur ce sujet-là par rapport à la mythologie.

Alors avant d’aller voir la deuxième œuvre de Michel Ange puisqu’on regarde le traité d’Alberti, je vais te montrer une des très belles réalisations de cet architecte : la façade de Santa Maria Novella toujours à Florence.

Un musée ?

C’est une église…

D’accord.

Et à la fois un… les deux les deux.

Ok capitaine. Oui oui vas-y.

C’est un lieu de culte qu’on peut visiter en tant que profane pour les magnifiques œuvres d’art qui y sont.

D’accord d’accord.

On peut appeler ça une question d’œuvre d’art totale. Rien que la façade donne envie…

Oui.

De pénétrer à l’intérieur.

C’est très graphique.

Très graphique. Très graphique très mathématique très géométrique.

Oui oui oui.

Ce sont souvent dès cette période de l’humanisme de la renaissance italienne, ces hommes qui incarnent la perfection. Etre à la fois peintre architecte sculpteur dessinateur, Michel Ange le sera…

Complet quoi ! Complet

Léonard avant lui, Alberti également. Ça deviendrait presque banal finalement de…

Enfin…

Toucher à toutes les techniques.

Dans un microcosme quand même de…

Oui.

Une élite quoi.

Chez…  Chez ces artistes-là,

Ben oui voilà oui.

C’est l’usage courant en tout cas.

 

Alors ?

Alors ici…

On revient ?

On revient toujours…

Oui.

On tourne toujours autour du relief de la bataille de Michel Ange. Et pour mieux le cerner je veux dire nous allons regarder un artiste qui a travaillé un petit peu avant lui également : Antonio Pollaiuolo.

C’est lui qui a beaucoup remis à l’honneur par la gravure notamment c’est un grand peintre qui travaille aussi à la Sixtine à Rome dans la gravure, le combat… le thème du combat bien sûr, le thème du nu, l’héroïsation du nu à l’antique et cette image également est certainement imprimée dans l’esprit de Michel Ange quand il réalise son relief. Notes bien qu’effectivement il y a la question de la gravure, du creusement…

Oui.

D’une plaque…

Oui oui oui.

Et avec Michel Ange on est dans l’idée du relief. Donc il y a une certaine connivence stylistique on peut dire entre cette image et celle réalisée un peu plus tard par Michel Ange.

 

Et puis pour ce synonyme qui était tout à fait… moi je trouve à propos quand tu parlais du style enchevêtré de Michel Ange où finalement on voit qu’il n’y a que des nus masculins, sa spécialité. Toute sa vie Michel Ange ce sera son sujet de prédilection.

D’accord.

L’héroïsation du corps la musculature l’anatomie, on a de très très beaux exemples dans ce relief de la bataille où chacun pourra s’amuser à regarder chaque morceau j’allais dire. Et bien dans ce style enchevêtré donc j’y reviens, on regarde maintenant Nicola Pisano, architecte…

D’accord.

Du XIIIème siècle…

D’accord.

Donc là on remonte bien un peu en amont.

D’accord oui oui. Pas du tout contemporain.

Pas du tout contemporain. Et lui est l’auteur… ici je te montre son chef d’œuvre sur lequel il a travaillé une dizaine d’années, c’est la chaire à prêcher de la cathédrale de Sienne. Et cette œuvre est magnifique elle est très élégante elle pose les colonnes sur des personnages sculptés d’animaux…

Des animaux oui.

Mais ensuite la cuve comme on l’appelle, la partie où vient le récitant pendant l’office…

Ouf c’est…

Oui c’est très chargé !

Waouh !

On a du mal à y lire.

Oui oui.

On serait bien embêté de dénombrer le nombre de figures. On reconnait bien facilement un Christ en croix…

Oui.

Qui a encore…

Au centre là.

Une sorte de taille hiérarchique. Personnage principal il est plus grand que les autres c’est normal c’est le fils de dieu.

Et plus clair entre guillemets.

Bien sûr

Il est suggéré plus clair.

Bien sûr.

Oui oui.

Alors on est encore finalement pas encore tout à fait à l’époque de la renaissance, on est déjà dans la pré renaissance. Il annonce… il annonce ce qui va venir plus tard. C’est lui certainement un des premiers qui regarde au trop la sculpture gréco romaine. J’insiste peut-être lourdement là-dessus mais c’est vraiment une des définitions de la renaissance italienne et du style de Michel Ange, regardait beaucoup vers les maîtres anciens.

D’accord.

D’ailleurs du temps de cette jeunesse il aurait produit un faux Michel Ange. Il a fait un dessin qui imite justement une œuvre de l’antiquité. Et il avait même brûlé jaunit un peu le papier pour donner l’illusion. A la même période d’ailleurs on en reparlera peut-être un peu plus loin, il fait une sculpture et elle est vendue comme un antique. Finalement c’est un bon compliment qu’on peut lui faire. Il réussit à faire aussi bien que les maîtres avant Jésus Christ.

C’était le relief de la bataille de Michel Ange.

Oui,

Qu’on a bien…

Sa première œuvre.

Oui.

Qu’on a bien étoffé…

Ben oui.

Je crois visuellement pour voir un petit peu.

Alors là on avait fait le tour. Ça c’est clair oui.

 

Et maintenant nous allons regarder si tu veux bien la deuxième œuvre importante qu’il va réaliser. C’est sa première œuvre religieuse c’est cette très belle madone à l’escalier. On est toujours en 1491-92.

D’accord. Toujours au XVème fin fin fin du tout fin du XVème siècle.

Toujours la première jeunesse de notre artiste.

Il est jeune toujours très jeune oui.

Toujours un relief, toujours le marbre de carrare. Elle est également toujours présentée dans le musée Buonarroti, la maison où il habitait. Et là on a… c’est intéressant que tu ais précisé justement haut, bas et moyen-relief tout à l’heure…

Tu as vu maintenant j’ai compris donc j’en profite.

Parce que là il y a une très belle subtilité…

Vas-y.

Dans la finesse. C’est une plaque qui ne doit mesurer en épaisseur qu’une quinzaine de centimètres. Et là…

Quinzaine de centimètres ? Millimètres ?

De centimètres non non de centimètres d’épaisseur.

15 centimètres c’est ça.

Oui. C’est déjà ça quand même oui. Mais…

Non mais ce n’est pas énorme mais

Il y a une technique alors c’est travailler sur la surface. Mais tu vois qu’il n’y que quelques millimètres parfois qui sont finement incisés…

Oui oui oui.

Notamment dans les parties les plus éloignées pour donner la profondeur en haut de l’escalier. Cette technique elle est très belle. On revient dans l’image pour on a commentée dans un instant si tu veux, je vais te montrer qui était le premier à faire ce travail extraordinaire.

 

Tu vas voir que cette image-là ressemble beaucoup. C’est Donatello…

Ah oui.

Donatello dont on vient de parler. Donatello ça s’appelle Le Festin d’Hérode. C’est une plaque en marbre de carrare également qui se trouve conservée au palais des Beaux-Arts de Lille.

Et lui Donatello…

A Lille ?

C’est certainement encore un musée c’est ça ?

Non non et puis nous aider ça va.

Oui c’est bien. Il faut une petit peu…

Oui oui oui.

Citer ses sources comme on dit.

Et oui.

Et…

Pardon.

Non non pas du tout. C’est ce qu’on appellera le relief écrasé, la traduction française de ce terme italien le rilievo schiacciato.

D’accord.

Relief écrasé pour dire qu’on est dans des faibles…

Oui.

Epaisseurs.

Déclivité comment on dit je ne sais plus…

Oui.

Voilà elle est très très faible.

Et ça se joue sur quelques millimètres allez maximum un centimètre voire deux pour les parties les plus saillantes. On retrouve tu vois le principe de l’escalier également qui va ouvrir l’image qui va lui donner une certaine profondeur. Pour la technique pour le support c’est exactement le même type de plaque que Michel Ange utilise. Pour le motif iconographique de l’escalier je crois que… en plus on est à Florence, Michel Ange ici avait un très bel exemple devant lui.

C’est beau !

C’est très très beau. Cette œuvre elle est déjà extraordinaire.

Il est très fan. On en a déjà parlé il est très très fan. C’est ça ? cette pièce.

Et c’est une œuvre de jeunesse. Michel Ange comme d’ailleurs Léonard on avait pu le dire précédemment dans d’autres vidéos, n’achève pas toujours son travail, ce qu’on appelle le non finito en italien. Ici par exemple tu peux voir certaines parties qui trahissent ben ce manque de finition à certains endroits dans la plaque.

Côté esquisse un peu.

Suggéré suggestion oui oui c’est ça ?

Tout à fait. Est-ce qu’il n’a pas terminé ? est-ce une maladresse ? Si tu regardes le pied de la vierge qui est posé juste à la base, il est d’une épaisseur très surprenante.

Ah oui.

Il a… alors c’est vrai qu’il a une tendance à travailler de manière assez volumineuse…

Mais là…

Mais là effectivement il y a une bizarrerie.

Elle a un problème.

Elle a un pied particulièrement gonflé c’est vrai.

Et le ne sais pas si là l’œil il n’est pas du tout attiré par ça ?

Non non non c’est juste un petit détail là pour dire que c’est une œuvre de jeunesse. Alors sa première religieuse comme on le disait mais elle préfigure certainement les autres vierges à l’enfant que l’on verra, et même également j’irai même jusqu’à dire les pietà. Les pietà tu sais c’est la vierge. En Italie on parle de Maistra la vierge en majesté qui tient l’enfant bébé Jésus dans ses bras.

D’accord.

Mais la piéta c’est quand le Christ est mort et qu’elle le recueille c’est un sujet d’un dramatisme très poignant qu’on regardera chez Michel Ange bien après.

Très bien.

Alors pourquoi je dis que ça anticipe ça préfigure ? Parce qu’effectivement si tu regardes la Vierge, elle a l’air très songeuse elle regarde l’escalier…

Oui.

Elle est de profil. Cet escalier est certainement très symbolique comme beaucoup d’autres éléments de l’image tu vas pouvoir le constater. A l’époque il y a un ouvrage qui vient d’être écrit et réédité plusieurs fois : le livre de l’escalier menant au paradis. Et c’est une parabole cet escalier. C’est ce qui fait la liaison entre la terre et le ciel, entre les hommes et Dieux, la vierge étant l’intercesseur.

D’accord.

La vierge dans certains traités théoriques de dégauchi, elle est comparée elle-même à cet escalier. C’est par l’enfantement du Christ qu’elle permet de diffuser…

Oui oui.

La lumière divine sur terre.

Oui d’accord.

On dit ça chez Saint Augustin notamment. Alors ça peut aller très très loin on peut compter qu’il y a cinq marches comme il y a cinq lettres, le prénom de Marie effectivement.

Alors la balustrade en bois de l’escalier pourra aussi évoquer le bois de la crucifixion du Christ. Lles petits personnages…

Oui.

Dans le fond…

Oui.

A peine visibles. Ils sont très loin.

Et ?

Eux sont en plus bas-relief. S’agit-il des anges ? Certainement. En tout cas ils n’ont pas d’ailes.

Non.

Tu constateras que chez Michel Ange à une exception près on regardera d’ailleurs, il n’y a jamais d’ailes pour les anges.

C’est très surprenant.

Oui.

Regardons maintenant,

On ne sait pas pourquoi ?

C’est une particularité qu’il adopte.

Ok.

Le Christ… le sujet normalement c’est le Christ enfant qui est en train… la vierge Marie est en train d’allaiter.

Oui.

Et ici non il est en train de dormir.

Il est sous les voiles de toute façon.

Il est sous les voiles…

Oui oui c’est ça ?

Très finement les drapées.

Pardon.

Le sommeil ça peut être aussi… je ne vais pas tout symboliser bien sûr mais une préfiguration de la mort. Et quand tu regardes le dos très puissant de l’enfant Jésus…

Oui.

Lui aussi est très musclé.

Oui il me semble.

Tu regardes les bras le dos…

Oui oui.

On a comme un petit Hercule…

Oui.

En puissance.

Oui.

Ça c’est tout à fait typique de Michel Ange également. La madone à l’escalier, deuxième œuvre de Michel Ange, première œuvre religieuse, elle est très différente de la première le relief de la bataille. Et c’est ça qui est intéressant chez Michel Ange. Dans cette académie il est complètement libre de travailler comme il veut.

Et ce qu’il aime tout au cours de sa vie c’est de… à chaque nouvelle œuvre, envisager une question différente. Et là on a un artiste qui donne libre cours à son imagination à son savoir-faire technique et il est certainement très heureux. Les premières années de Michel Ange jusqu’ à 18 ans elles sont dans la plénitude certainement même si la relation à papa est un peu difficile comme on avait pu le dire.

Oui oui oui oui oui.

Alors on va regarder maintenant si tu veux une troisième œuvre de Michel Ange. Encore que certains se posent la question…

C’est de lui ? J’allais dire c’est de lui ça ?

En est-il vraiment l’auteur ? En tout cas on va évoquer un petit peu quelle est cette œuvre quel est ce crucifix. C’est une œuvre qui a été redécouverte dans les années 60 en 64 précisément. Elle a été restaurée. Et ce crucifix après avoir été exposé à la Casa Buonarroti avec les deux premières œuvres de Michel Ange qu’on vient de regarder…

D’accord.

Elle est retournée dans son lieu d’origine c’est-à-dire dans le couvent Santo Spirito à Florence. On est en 1492. Alors là on a avancé d’une année par rapport à la madone à l’escalier. Par contre il y a un évènement important, son protecteur son mécène Laurent de Médicis est mort.

Oui.

Et là ce sera le fils Pierre de Médicis qui va succéder. Bon on se rendra compte que finalement il ne va passer qu’une seule commande à Michel Ange. Il retourne Michel Ange à la Casa Buonarroti où vit son papa…

D’accord.

Mais il est également accueilli dans le couvent de Santo Spirito. Et là c’est très important pour lui figure-toi que dans l’hôpital de ce couvent il a l’occasion la chance l’autorisation je devrais dire parce que c’est très réglementé surtout par l’église, d’étudier des cadavres toujours dans un but scientifique pour l’anatomie.

Ben oui.

Et alors.

Ça veut tout dire pour la suite bien sûr.

Bien sûr.

Bien sûr.

Certainement qu’en remerciement, Michel Ange va sculpter ce crucifix dans du bois. C’est du peuplier.

C’est du bois ça ?

C’est du bois. C’est en peuplier.

Il est patiné ?

Elle fait oui oui c’est du bois en polychrome. Bien sûr il y a de la peinture. Tu remarqueras d’ailleurs que le stigmate la plaie sur le côté du Christ…

Oui.

Elle est sanguinolente.

C’est vrai c’est vrai c’est vrai. Mais on dirait plutôt un marbre.

1,40 mètre.

Oui c’est une…

1,40 mètre ok.

1,40 mètre de haut. Et aujourd’hui elle figure sur le maître hôtel de cette Eglise à Santo Spirito. Alors là on y voit un Christ toujours un corps nu. Mais dans le texte effectivement il est crucifié. On y voit figurer parfois ce qu’on appelle le perisonium, le drapé qui cache la nudité enfin le sexe.

Le sexe.

Cette image montre un corps frêle.

Oui.

Je dirai même émacié.

Oui.

On n’est plus du tout dans les rondeurs qu’on évoquait juste il y a un instant, le gros pied de la vierge, le dos très puissant de Jésus dans la madone à l’escalier. Il a sculpté un adolescent ici. Et donc le corps montre une étude anatomique certainement un peu moins poussé. L’anatomie ça se pratique surtout en hiver parce qu’en Italie pendant les périodes de forte chaleur, disséquer des cadavres je ne te fais pas de dessin.

Bon ça va ok, c’est bon on avait compris.

Dans la partie supérieure…

Donc ?

Il va également traduire le fameux titulus tu sais où il y a l’inscription INRI Jésus de Nazareth Roi des Juifs.

Oui.

Et bien dans le haut c’est traduit en grec en latin et également même en hébreux. Donc cette image est tout à fait typique d’un crucifix même si effectivement de montrer ce corps jeune de ce corps nu est d’une sensualité pour un thème religieux certainement.

Surprenant quand même.

On serait… Oui on est surpris. On est surpris on y voit un autre Michel Ange qui veut peut-être expérimenter autre chose. On est dans la période de jeunesse il n’a pas de contrainte…

Oui oui.

Pourquoi pas ?

Il se cherche quoi.

Il se cherche.

 

Certains y voient dans la douceur un peu gras de l’expression du visage du Christ, le style la main d’un autre sculpteur qui était très important dont je vais te montrer ici l’image, c’était Benedetto da Maiano. Ici je te montre une vierge à l’enfant de ce même sculpteur. Peut-être qu’il en est l’auteur bon ce n’est pas aujourd’hui maintenant qu’on va désattribuer ou attribuer à Michel Ange.

Un peu naïf ça par rapport à…

C’est plus naïf tu as raison,

Oui c’est moins pris dans le vif dans…

Oui oh oui certainement.

Bon

Peut-être en tout cas…

Je ne suis pas l’expert.

Je voulais… non mais moi je voulais montrer surtout cet artiste…

Oui oui d’accord.

Parce que Michel Ange a peut-être été son élève également.

D’accord.

Et Michel Ange dans la période finale de sa gloire va avoir du mal à reconnaitre qui sont ses vrais maîtres, avec qui il a appris vraiment le métier. Et Benedetto da Maiano peut-être fut celui qui va aussi l’aider dans ses premières sculptures.

D’accord.

Donc c’était un peu rendre hommage…

Très bien.

A cet artiste-là qui gravit toujours dans cet environnement.

C’est chose faite.

 

Et pour l’anatomie je te montre une planche d’un médecin espagnol un anatomiste comme on disait, ce type de dessin qui Michel Ange lui aussi… ce sont surtout les carnets de dessin de Léonard de Vinci qu’on avait si tu te souviens regardé, qui montraient cette étude…

Ecorchés ?

Des écorchés tout à fait. On verra qu’à la Sixtine, Michel Ange se représente en écorché il fera son portrait sur une peau d’un écorché. C’est très intéressant que justement tu as employé le terme…

Ah oui c’est vrai.

Dans ce fameux jugement dernier où là la fameuse terribilità comme je le disais tout à l’heure est très visible.

 

Alors on va encore avancer un petit peu si tu veux et je vais te montrer une dernière image. Enfin on va parler du dernier œuvre de Michel Ange.

Pour cette épisode-là.

Pour cette épisode-ci.

C’est ?

C’est un Hercule. Alors cette sculpture que Michel Ange réalise toujours au début des années 1490, c’est une taille monumentale on parle même de géant alors géant bon ce n’est pas trop ce que je voulais dire, je n’ai pas la taille à te donner. Cette sculpture taillé dans un mur de marbre elle est achetée par la famille Strozzi, celle qui sera en rivalité avec les Médicis et qui sera chassée d’ailleurs de Florence.

D’accord d’accord.

Et très vite ensuite elle va être transférée à Versailles. Maintenant on ne sait plus où elle est. Peut-être qu’elle a disparu définitivement.

Ah c’est ça ?

Par contre elle a été copiée.

Oui mais c’est la photo là une image.

Cette image que je te montre est certainement une très belle copie. On l’avait attribué est-ce que c’est vraiment de sa main ? à Bertoldo di Giovanni, celui qui dirige l’atelier dans l’académie de San Marco…

D’accord.

L’école de Laurent de Médicis.

Ok.

Et apparemment elle est très très proche du modèle original, sauf qu’ici elle est dans… elle est fondue en… elle est en bronze…

Elle est en bronze d’ailleurs

Tandis que Michel Ange ce qui était extraordinaire c’est qu’il a à peine 20 ans, comme il n’a pas de commande il prend l’initiative c’est un tempérament, d’acheter un énorme bloc de pierre sur son propre compte sans savoir s’il la vendra par la suite. C’est très très rare qu’un artiste soit aussi entreprenant entre guillemets. En général on attend tranquillement d’avoir la commande.

Et ici nous avons donc une pause très classicisante de l’antiquité quelle est celle-ci ? C’est celle que vous voyez presque toujours chez les Grecs et Romains, souvent chez Michel Ange on l’a vu dans le relief de la bataille, c’est le fameux contrat posto. Tu pourras essayer de prendre la pose tu verras qu’on tient quelques secondes.

Là maintenant ?

Alors tu penches la ligne des épaules dans un sens…

Oui.

Et la taille dans l’autre. Ça te fait une torsion qui est très inconfortable à te sent le mal de dos. Mais c’est ce qui permet de faire tourner la figure.

D’accord.

On fait avancer un point latéralement de côté…

Oui d’accord.

Et ça déploie les muscles enfin…

Donc…

Ça donne une très belle pose.

Et le modèle il ne pouvait pas tenir ?

Alors c’est très artificiel bien sûr. On se rappelle que le beau idéal et bien il transcende la réalité. On va prendre par exemple la plus belle tête de l’un…

Oui d’accord.

Le beau torse de l’autre et les jambes…

Les pectoraux d’un tel,

 

Machin etc. ok.

L’art est toujours une transposition de la réalité.

D’accord

Hercule ici c’est l’illustration d’un des 12 travaux qu’il aura réalisés. Il tient à la main l’épaule d’or du jardin des Hespérides qu’il a réussi à conquérir, et de l’autre le gourdin, la fameuse massue. Voilà c’est une œuvre d’art que peut-être un jour nous retrouverons, de la main de Michel Ange mais c’est sa dernière œuvre…

Pour l’instant.

De sa jeunesse florentine parce que la suite nous la verrons prochainement je vais quand même en parler un petit peu.

Quelle transition étudiée mais écoutez c’est vraiment… c’est un orfèvre Nicolas.

1492.

Alors là on est en 1492 ?

 

Alors là voilà on est en 1492. Laurent de Médicis donc décède.

Oui.

Pierre…

Pierre ?

Va prendre la suite.

Oui mitigé.

Il est très impopulaire.

D’accord.

Il est très impopulaire.

D’accord.

Il va…

C’est lui là ?

Non ici… oui pardon excuse-moi. Oui c’est lui que tu vois ici en peinture. Il ne commande qu’une œuvre comme je l’ai dit à Michel Ange.

Oui.

Et dans cette période qui était pourtant un âge d’or, la jeunesse de Michel Ange correspond aussi à une période de paix, d’abondance de prospérité économique pour l’Italie et particulièrement pour Florence.

Mais lui…

Mais là on va arriver dans une période de décadence où la famille Médicis va être très vite chassée du pouvoir. On va également avoir dans le même temps les guerres d’Italie avec la France.

 

Ici je te montre une peinture qui montre le roi Charles VIII. Charles VIII va entrer à Florence et conquérir la cité. Finalement Michel Ange part au bon moment. On a parlé de la fuite la première fuite de Michel Ange.

D’accord

Et puis la peste ne va pas tarder non plus à s’installer. Tu vois un peu le climat l’ambiance assez sordide.

Ok fuyons.

Et puis pour compléter le tout il y a des prédicateurs qui annoncent la fin du monde régulièrement déjà dès l’an 1000. Et ici je te présente Jérôme Savonarole dont les discours enflammés ont été d’une très grande popularité. Evidemment il critiquait la richesse étalée des Médicis, ce pouvoir monarchique alors qu’on est dans une république. Et lui aussi finalement il finira par être brûlé.

C’est une période très violente très tourmentée.

Oui voilà ça chauffe quoi…

Que sent venir…

Ça chauffe.

Que sent venir Michel Ange.

D’accord.

Et il quitte donc la cité à ce moment-là. Il va arriver à Rome mais il fera un petit crochet d’abord par Bologne où il va laisser quelques souvenirs de son passage comme on le verra prochainement.

C’est donc la prochaine étape prochaine épisode.

C’est la prochaine bio qu’on va tourner.

Séquence.

Voilà tout à fait. Michel Ange après avoir quitté Florence…

D’accord.

Avant son retour un dizaine d’années plus tard.

On y va étape par étape il y a tellement de choses à dire à voir et à savourer.

Michel Ange nous fait voyager dans le temps…

C’est génial.

Et également dans l’Italie.

Bon il n’y pas que Michel Ange il y a aussi Nicolas qui nous fait voyager. Super. A très bientôt à très bientôt.

Merci.

Nicolas Feliers

Nicolas Feliers

Nicolas est Intervenant en Histoire de l’art à l’Institut Supérieur des Techniques de Communication (Lille) :

 - cours de culture générale, Guide-conférencier des Villes et des Pays d’Art et d’Histoire,

 - vice-président de Vauban Loisirs Animations Culture (Lille),

 - Guide-conférencier au Musée de Flandre (Cassel),

 - guide-conférencier pour l’Office de tourisme de Roubaix.

 

Créations de circuits pédestres, bus et vélo, Conférencier pour l’association Les Amis des Musées de Lille,  

Guide-conférencier au Musée La Piscine, Roubaix,  

chargé de mission pour l’Association des Conservateurs des Musées du Nord-Pas-de-Calais,

chargé de mission pour l’Association des Conservateurs des Musées du Nord-Pas-de-Calais.

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Discipline Histoire de l'art
Difficulté Initiation
Genre Les Conférences
Durée de la Vidéo 31mn11